La Soufrière
"Debout au cratère, sentant le soufre, trempé jusqu'aux os — voilà ce qu'est vraiment la Guadeloupe."
La route depuis Saint-Claude commence de manière anodine, passant devant des bananeraies et des stands en bord de route vendant du rhum et de la vanille. Puis la route commence à monter et la végétation s’intensifie, devenant quelque chose d’agressif dans sa verdeur — des fougères de la taille de petits arbres, des broméliacées gorgées d’eau de pluie, la canopée se refermant au-dessus de la tête jusqu’à ce que le ciel ne soit plus qu’une suggestion de lumière filtrant vers le bas. J’avais loué la voiture la moins chère de l’île et elle était visiblement malheureuse avec le dénivelé. Quand j’ai atteint le parking au départ du sentier, la température avait chuté de huit degrés et tout sentait la pluie et la terre profonde, même s’il n’avait pas plu depuis des heures.

La randonnée jusqu’au cratère prend environ une heure et demie si l’on ne se presse pas, ce qu’on ne devrait pas faire. Le sentier traverse une forêt nuageuse qui a la qualité d’une serre poussée au-delà de ses limites — tout est mouillé, tout pousse dans tout le reste, le chemin lui-même est plus boue que sentier. L’odeur de soufre commence environ vingt minutes avant d’atteindre le sommet, s’infiltrant subtilement puis plus subtilement du tout, jusqu’à ce que ce soit tout ce qu’on sent et qu’on ait cessé de le remarquer. Le terrain change près du sommet pour laisser place à de la roche volcanique nue, pâle et craquelée, avec de la vapeur s’échappant des fissures dans le sol et quelques mares de boue bouillonnant en bord de sentier. On dirait quelque chose d’avant que la planète se soit organisée.
Au bord du cratère, le jour où j’y suis allé, les nuages se déplaçaient assez rapidement pour avoir trois ou quatre secondes de visibilité vers la pointe sud de Basse-Terre et la mer au-delà avant que le blanc revienne. Ces trois ou quatre secondes ont suffi. Le volcan n’est pas dramatique comme les volcans le sont dans les films — il ne rougeoit pas, il ne gronde pas — mais il est clairement vivant, dans le sens où il fait quelque chose. Le sol a une certaine chaleur. La dernière grande éruption date de 1976, et La Soufrière gronde régulièrement depuis quelques années, au point que les volcanologues le surveillent de près. En se tenant là-haut, on comprend pourquoi.

Sur le chemin du retour, je me suis arrêté aux sources thermales de Matouba — de l’eau thermale couleur thé léger qui sourd du sol volcanique dans une série de bassins rocheux. Une famille avait étendu des serviettes et installé un pique-nique. Des enfants testaient la température avec leurs pieds. La scène entière avait un air de contentement d’après-midi dominical qui semblait un contrepoint délibéré à l’étrangeté du cratère au-dessus. Je suis redescendu vers la côte en voiture en sentant indéniablement le soufre, et j’ai tardé à me doucher parce que je voulais garder le rappel.
Quand y aller : La saison sèche (de décembre à avril) offre les meilleures chances de vues dégagées depuis le sommet, mais le cratère est perpétuellement enveloppé de nuages, donc on peut ne pas avoir de visibilité quelle que soit la période. Partez tôt — j’ai quitté le parking à 6h45 et j’avais le sentier presque pour moi seul. Évitez de randonner pendant ou juste après de fortes pluies, quand le chemin devient traître et les fumerolles sont à leur plus actif.