Une église coloniale portugaise blanchie à la chaux avec deux clochers s'élevant au-dessus d'un parc verdoyant à Goa, en Inde

Asie

Goa

"L'épice de Goa n'est pas dans la nourriture — elle est dans l'air lui-même."

Le ferry traversait encore la rivière Mandovi quand je l’ai senti — un mélange de feni, de guirlandes de jasmin et de quelque chose qui frissonnait dans l’huile de coco depuis les ghats de Panaji. J’étais arrivé par le train de nuit depuis Mumbai, engourdi et froissé, et Goa m’a percuté avant même que je descende du bateau. C’est ça, cet endroit : il n’attend pas que tu t’installes.

La plupart des gens imaginent des paillotes de plage et des fêtes de pleine lune en entendant « Goa », et oui, ça existe — Anjuna et Vagator portent encore le fantôme de cette scène hippie des années 70, et tu trouveras ta dose de techno israélienne et de cocktails fluorescents si tu veux. Mais le Goa auquel je revenais sans cesse était ailleurs. Il était dans le vieux quartier latin de Fontainhas à Panaji, où des azulejos portugais s’accrochent à des maisons jaune moutarde et où des familles catholiques habitent les mêmes pièces depuis quatre générations. Il était dans le thali de poisson d’un boui-boui en bord de route à Margao — curry de poisson-roi si relevé au kokum qu’il m’en piquait les yeux, riz généreusement servi, pappadum sur le côté, trente roupies. Il était dans le silence de 16 h à la basilique du Bom Jésus à Vieille-Goa, où les véritables ossements de François-Xavier reposent dans un reliquaire d’argent et où le plâtre baroque ressemble davantage à Lisbonne qu’à l’Inde.

J’ai loué une Royal Enfield et passé trois jours à sillonner les villages — Loutolim, Chandor, Quepem — entre des rizières qui virent au vert électrique en novembre, entre des vergers d’anacardiers qui descendent jusqu’aux berges des criques. Les Portugais sont partis en 1961 mais ils ont laissé leurs os dans la terre : les églises en latérite, les demeures avec leurs vérandas en ferronnerie, la langue qui glisse encore dans les conversations en konkani. Ça crée cette double exposition dont on ne parvient pas à se défaire — on est indéniablement en Inde, mais quelque chose d’autre ne cesse de transparaître.

Quand y aller : De novembre à février. La mousson (juin–septembre) est dramatique et belle si ça ne te dérange pas que tout soit fermé et les routes inondées, mais pour vraiment bouger et bien manger, la saison sèche s’impose. Décembre se remplit de touristes indiens et de vols charters depuis la Russie ; janvier est le moment idéal.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent Goa comme une destination balnéaire avec quelques églises en prime. C’est en réalité une destination gastronomique avec des plages en effet secondaire. La cuisine catholique goanese — xacuti, sorpotel, bebinca en dessert — est l’une des cuisines régionales les plus singulières de l’Inde, et on n’en trouve presque rien dans les menus des paillotes destinés aux étrangers. Il faut aller dans les gargotes locales du Sud-Goa, ou se faire inviter chez quelqu’un. C’est le Goa pour lequel ça vaut la peine de traverser la planète.