Le boulevard bordé de palmiers de Batoumi au crépuscule, la mer Noire plate et argentée derrière des silhouettes marchant sur la promenade
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Batoumi

"Je suis venu pour une nuit et je suis resté pour le pain."

La côte qui ne colle pas tout à fait

Batoumi ne se lit pas comme le reste de la Géorgie, et ce n’est pas un hasard. La région d’Adjarie a son propre statut autonome, son propre dialecte, sa propre logique culinaire. Pendant des siècles, elle s’est tenue à la lisière du monde ottoman avant de devenir soviétique, puis géorgienne à nouveau, et ce qu’on obtient, c’est une ville stratifiée qui n’arrive pas à décider si elle veut être une station balnéaire, un carrefour commercial, une destination de casino ou une note de bas de page historique — alors elle a choisi d’être les quatre simultanément et sans gêne apparente.

Le Boulevard s’étire sur six kilomètres le long du front de mer, bordé de palmiers qui paraissent improbables jusqu’à ce qu’on se rappelle la latitude et l’humidité. Lia et moi l’avons parcouru le soir de notre arrivée, passant devant une grande roue, une sculpture en forme de pièce d’échecs, des fontaines éclairées de couleurs agressives une fois la nuit tombée, et un couple en pleine dispute qui était manifestement en vacances et regrettait peut-être de l’être. La mer Noire ici est gris-vert et calme en septembre, la plage de galets absorbant le bruit des petites vagues. Elle a une qualité différente des côtes méditerranéennes — plus mélancolique, d’une certaine façon, même par beau temps.

Le khatchapouri adjar et pourquoi il compte

Si vous avez mangé du khatchapouri ailleurs en Géorgie, il faut recalibrer. La version adjare — le khatchapouri acharuli — est une autre proposition : une barque de pain, ouverte sur le dessus, remplie de fromage soulgouni en fusion, un œuf cru cassé dessus au moment du service, une noix de beurre fondant en son centre. On déchire le pain de la coque et on le traîne dans le jaune et le fromage jusqu’à ce que l’œuf soit assez cuit par la chaleur résiduelle.

J’en ai mangé au petit-déjeuner trois jours d’affilée dans une boulangerie de la rue Pouchkine où les fours sont visibles depuis la rue et où le pain met environ quatre minutes entre la commande et la table. Le fromage est salé et file en longs fils. Le beurre rend tout légèrement plus riche que nécessaire, ce qui est exactement comme il faut. J’y ai repensé dans le bus du retour.

La vieille ville et les strates ottomanes

Batoumi possède un petit quartier ancien que la plupart des visiteurs traversent rapidement en direction du front de mer. Je plaiderais pour ralentir. Les rues autour de la place centrale Piazza présentent un fatras d’architecture du XIXe siècle — façades italiennes, pierre d’époque ottomane, interventions soviétiques — qui devient cohérent si l’on accepte de le voir comme un collage accidentel plutôt que comme un quartier historique planifié.

La cathédrale de la Mère de Dieu de Batoumi vaut le détour : éclairée à la bougie, richement ornée de fresques, avec cette odeur d’encens et de cire d’abeille que les églises orthodoxes partagent dans toute la région. Dans les rues alentour, de petits ateliers où des hommes réparent de l’électronique et des femmes vendent des fruits depuis des caisses en plastique. La ville fonctionne ici de manière visible, sans le vernis tourné vers les touristes du boulevard.

Le jardin botanique et la logique subtropicale

À cinq kilomètres au nord de la ville, sur un promontoire au-dessus de la mer, le jardin botanique de Batoumi est l’un des meilleurs arguments que j’aie rencontrés en faveur du concept même de jardin botanique. Fondé en 1912, il s’étend sur 113 hectares de microclimat subtropical — bambouseraies, jardins japonais, eucalyptus qui s’élèvent à des hauteurs improbables, vergers d’agrumes, plants de thé dévalant la colline vers l’eau. La vue depuis les sentiers supérieurs sur la mer Noire est de celles qui interrompent brièvement la conversation.

J’y suis allé un matin de semaine, où les seules autres personnes étaient un groupe scolaire en sortie et un homme endormi sous un magnolia. La combinaison de l’air humide, de l’odeur de terre mouillée et de choses en fleur, et de la qualité de la lumière — côtière, diffuse — m’a donné envie de rester bien plus longtemps que prévu.

Quand y aller : De fin mai à juin pour une chaleur supportable et avant l’affluence de pointe. Septembre est idéal — la mer est chaude de l’été, la fréquentation touristique baisse, et les soirées sur le boulevard sont réellement agréables. Juillet et août sont la haute saison casino-et-plage : chaud, bondé, prix plus élevés. L’hiver à Batoumi est doux selon les standards géorgiens mais pluvieux ; pas désagréable si vous voulez la ville pour vous seul.