Parc National de Moukalaba-Doudou
"Le mâle dominant n'a pas fui. Il s'est juste assis là, respirant, et j'ai compris que c'était moi le visiteur ici."
Le trajet jusqu’à Moukalaba-Doudou depuis Tchibanga, la ville la plus proche de quelque taille, prend plusieurs heures sur des routes que la saison des pluies reprend périodiquement. Le paysage dans cette partie du sud-ouest gabonais est différent du nord — des collines plus basses, de plus longues forêts-galeries suivant les vallées fluviales, des savanes qui semblent moins fragmentées. Je suis venu en juillet, saison sèche, et même là la route a nécessité de la concentration et, à un moment, une pelle. Le parc lui-même dispose de presque aucune infrastructure : une station de recherche à Doussala gérée par le CNRS, un petit nombre de logements pour chercheurs et de la forêt qui dans la plupart des directions n’a connu pratiquement aucun trafic humain au-delà du personnel et de l’occasionnel visiteur déterminé.
Doussala est là où se fait le travail d’habituation des gorilles. Les chercheurs ont passé des années à habituer lentement des groupes familiaux spécifiques à la présence humaine, non pas pour le tourisme au sens conventionnel mais pour des études comportementales à long terme — et visiter via la station signifie qu’on entre en forêt avec des scientifiques qui connaissent ces animaux individuellement, qui retracent leurs déplacements par le son et les empreintes et une connaissance du terrain qui vous donne l’impression d’être, en comparaison, presque complètement aveugle. Nous avons marché à l’aube, la rosée encore lourde sur chaque feuille, et j’ai appris immédiatement que marcher silencieusement dans une forêt primaire est bien plus difficile qu’il n’y paraît.

Les gorilles nous ont trouvés avant qu’on les trouve, de la manière dont ces choses tendent à se passer quand on est observé par quelque chose bien mieux adapté à l’environnement que soi. La chercheuse a levé la main et nous nous sommes arrêtés. Elle a désigné quelque chose. Dans la végétation à quarante mètres devant nous, deux formes se sont lentement détachées du vert — une femelle et un jeune, se déplaçant au sol, sans inquiétude. Puis le mâle dominant est apparu : énorme, se déplaçant à un rythme délibéré qui suggérait qu’il n’avait nulle part où aller et était entièrement certain de sa position dans la hiérarchie de cette forêt. Il s’est arrêté, a regardé dans notre direction avec une expression d’absolue sérénité, et s’est assis. Nous sommes restés immobiles pendant peut-être vingt minutes. Il nous a regardés par intermittence. J’ai eu la nette sensation d’être évalué et jugé non-menaçant, ce qui m’a semblé être le meilleur compliment que j’aie jamais reçu.
Le parc abrite également des chimpanzés, des buffles de forêt, des léopards (rarement aperçus mais présents) et un réseau hydrographique — le Moukalaba et le Doudou — que la faune utilise comme corridors. Les zones de mangroves près de l’estuaire de la rivière Nyanga au bord occidental du parc soutiennent un écosystème entièrement différent : des périophtalmes, des crabes violonistes, les racines des palétuviers eux-mêmes formant une plateforme surélevée au-dessus de la vase tidale qui est à la fois belle et presque impossible à traverser.

Ce qui me reste le plus de Moukalaba-Doudou, c’est le sentiment de vraie remoticité — pas de remoticité jouée, pas la nature gérée d’un parc avec des lodges et des safaris en 4x4, mais la vraie. Le ciel nocturne était si rempli d’étoiles que la Voie Lactée projetait une faible ombre. Les chercheurs parlaient des gorilles par leur nom. Je me suis senti, pendant quelques jours, comme un invité dans un endroit qui n’avait fait aucune accommodation particulière pour mon arrivée.
Quand y aller : De juillet à septembre, la saison sèche, est fortement recommandé — les pistes sont praticables, la station de recherche de Doussala peut accueillir un petit nombre de visiteurs et la faune se concentre autour des points d’eau. Contacter l’Institut de Recherche en Écologie Tropicale avant de visiter pour organiser les autorisations et l’hébergement ; ce n’est pas un parc où l’on débarque sans prévenir. La remoticité est l’essentiel, mais elle exige une préparation.