Le ferry depuis Nice prend quatre heures, et pendant la plus grande partie de la traversée, on ne voit qu’une eau bleue et plate. Puis, quelque part au sud du Cap Corse, l’île surgit — non pas progressivement, comme la plupart des côtes se signalent, mais d’un seul coup : un sombre rempart dentelé qui s’élève de la mer. La Corse ne vous accueille pas doucement. Elle vous confronte.
Le Maquis et Ce Qu’il Porte
L’odeur vous saisit avant même que le bateau n’accoste. Romarin, lavande, ciste, menthe sauvage — le maquis, cette dense végétation aromatique qui couvre l’intérieur, semble exhaler en permanence. Je suis descendu du ferry à Bastia et me suis arrêté un moment sur le quai, respirant profondément, tentant d’identifier chaque fil. Lia a dit que ça sentait comme si quelqu’un avait laissé un jardin d’herbes dans une voiture chaude pendant une semaine, ce qui est à la fois inexact et parfaitement juste.
Bastia elle-même m’a surpris. La plupart des voyageurs filent vers le sud en direction de Bonifacio ou vers l’ouest en direction d’Ajaccio, manquant entièrement le vieux port génois. Le quartier de la Terra Vecchia, empilé au-dessus du Vieux-Port en couches d’ocre et de rouille, appartient davantage à la Ligurie qu’à la France. J’ai pris un verre de Nielluccio — le cépage rouge indigène de l’île — à une table de la Place du Marché en regardant des vieux débattre dans un mélange de français et de corsu, et j’ai eu l’agréable impression de m’être trompé d’endroit sur la carte.
Les Châtaigneraies et l’Intérieur
La vraie révélation fut de conduire vers l’intérieur sur la D69 en direction de Corte. La côte s’efface et l’île devient quelque chose d’entièrement différent : des villages de montagne accrochés à des crêtes de granit, des forêts de châtaigniers qui teintent la lumière de miel l’après-midi, des ruisseaux si froids qu’ils vous coupent le souffle en juillet. Les Corses ont construit une cuisine entière autour de la châtaigne — polenta de châtaigne, bière de châtaigne, farine de châtaigne dans les beignets qui apparaissent saupoudrés de sucre glace à chaque fête de village. Dans une petite auberge aux abords de Venaco, j’ai commandé de la pulenta castagnina sans savoir ce que c’était, et le propriétaire, visiblement ravi de l’accident heureux, a apporté une tranche couleur de pain sombre accompagnée d’un quartier de brocciu. C’était la meilleure chose que j’ai mangée sur l’île.
Bonifacio et les Calcaires du Sud
Le sud est la Corse des cartes postales, et Bonifacio le mérite amplement. La citadelle médiévale se dresse sur des falaises de calcaire blanc au-dessus du détroit de Bonifacio, avec la Sardaigne visible par temps clair de l’autre côté. Les ruelles de la Haute Ville sont si étroites que les volets des fenêtres en vis-à-vis se frôlent presque. J’y suis arrivé au crépuscule, quand la dernière lumière a frappé le calcaire et l’a brièvement doré avant de virer au gris, et j’ai compris pourquoi les gens écrivent sur cet endroit depuis des siècles sans jamais l’épuiser.
Quand y aller : De fin mai à juin — eau chaude, routes dégagées, aucune des hordes écrasantes d’août ; septembre est sans doute encore mieux — le maquis est plus sec et plus parfumé, la mer encore baignable, et l’île respire visiblement.