Un canoë en bois glissant à travers un étroit chenal de mangrove dans la baie de Jiquilisco à marée basse
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Bahía de Jiquilisco

"Les mangroves de Jiquilisco ne font pas de numéro pour toi. Il faut te taire et les laisser travailler."

Le plus grand estuaire de mangrove du Salvador, où des pêcheurs d'huîtres travaillent des chenaux de marée qui se trouvent aussi être une nurserie à tortues protégée par la convention de Ramsar.

J’ai trouvé un pêcheur nommé Don Chepe sur le quai de Puerto El Triunfo qui a accepté, moyennant un prix modeste et une patience considérable envers mon espagnol, de m’emmener dans la Bahía de Jiquilisco à bord de son canoë en bois. On est partis avant sept heures, l’eau encore lisse comme du verre, et en quelques minutes la baie ouverte s’est resserrée en un labyrinthe de chenaux de mangrove parfois si étroits que les branches frôlaient les deux côtés du bateau. C’est le plus grand estuaire de mangrove du Salvador, un enchevêtrement de mangroves rouges et blanches qui s’étend sur un site classé Ramsar assez vaste pour que Don Chepe, après des décennies, se trompe encore parfois de chenal.

La baie mène une double vie que je n’avais pas mesurée avant d’y aller : c’est un estuaire vivant, qui fait vivre des communautés de pêcheurs et d’ostréiculteurs installées sur ces eaux depuis des générations, et c’est aussi l’un des refuges les plus importants du pays pour la faune, y compris les tortues marines qui viennent nicher sur les plages extérieures. Le cousin de Don Chepe gère un élevage d’huîtres sur des cordes tendues entre les racines de mangrove près d’Isla de Méndez, et on s’y est arrêtés pour qu’il en remonte une grappe, en ouvre une sur place, et me la tende crue avec un filet de citron vert qu’il gardait dans la poche de sa chemise exactement à cet effet.

La vie dans les chenaux

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la densité de petits métiers très spécifiques concentrés dans ce seul estuaire. On a croisé des femmes dans un autre canoë en train de ramasser du curil, une palourde noire déterrée à la main dans la vase à marée basse, leurs mains bougeant avec la rapidité de gens qui font ça depuis l’enfance. Un héron est resté immobile dans les eaux peu profondes si longtemps que j’ai cru que c’était un leurre, jusqu’à ce qu’il frappe, incroyablement vite, et remonte avec un petit poisson. Don Chepe a coupé le moteur à un moment et nous a simplement laissés dériver, seul bruit celui de l’eau clapotant contre les racines de mangrove et, quelque part dans le chenal, un oiseau invisible qui faisait un son comme une charnière rouillée.

A local fisherman gathering oysters from ropes strung between mangrove roots in Bahía de Jiquilisco

Vers Isla de Méndez, le chenal s’est ouvert sur une plage où Don Chepe m’a raconté que les tortues viennent pondre la nuit à certains mois, et où un groupe de conservation local patrouille pour protéger les nids autant des braconniers que de la marée. On n’a vu aucune tortue — mauvais moment de la journée, mauvaise saison pour le pic de ponte — mais le sable était marqué par endroits de ces zones délimitées à la corde qui racontaient l’histoire à leur façon.

A great blue heron standing still in the shallow mangrove waters of Bahía de Jiquilisco at dawn

On est rentrés à Puerto El Triunfo vers midi, la chaleur déjà bien installée, et la femme de Don Chepe avait préparé une marmite de soupe avec la pêche du matin qui nous attendait chez eux. Je l’ai mangée assis sur un tabouret en plastique au bord de l’eau, en regardant le même chenal d’où on venait de sortir, déjà animé par d’autres bateaux qui commençaient leur propre version de cette même journée.

Quand y aller : Saison sèche (novembre à avril) pour une eau plus calme et un accès en bateau plus facile ; visite d’août à novembre si la ponte des tortues marines est la priorité, et passe par un guide local ou un groupe de conservation plutôt que d’y aller seul.