Beynac-et-Cazenac
"En levant les yeux vers Beynac depuis la rive, j'ai compris pourquoi Anglais et Français se sont disputé cette vallée pendant cent ans."
Je n’ai pas vu le château de Beynac avant d’être presque en dessous. La route depuis Sarlat descend à travers les bois et puis la rivière apparaît sur la gauche, et puis vous levez les yeux et voilà — une forteresse du XIIe siècle posée au sommet d’une falaise calcaire qui plonge presque à la verticale jusqu’à l’eau. Pas dramatiquement près du bord, mais sur le bord, comme si les bâtisseurs avaient voulu ne laisser aucune ambiguïté. Le château est la falaise. La falaise est le château.
Le village de Beynac-et-Cazenac s’installe au pied de cette falaise entre la pierre et la rivière, serré dans une bande de terrain plat qui mérite à peine ce nom. Une poignée de rues, une église, quelques restaurants au bord de l’eau avec des tables sous des parasols où le déjeuner est servi aux gens arrivant par gabare depuis Sarlat — des bateaux à fond plat en bois qui opèrent sur cette rivière depuis des siècles. J’ai mangé à une de ces tables, une assiette de canard séché et de melon, et regardé une gabare passer avec des touristes massés à la rambarde, tous levant les yeux exactement vers ce que je regardais. On ne peut pas ne pas regarder le château. Il a cette gravité particulière que développent les très vieilles fortifications — le sentiment d’avoir été regardé si longtemps qu’il a appris à s’y attendre.

La montée est raide et récompensante. Des escaliers de pierre puis une rampe pavée et vous voilà à la porte, puis à l’intérieur des remparts à regarder la rivière d’une hauteur qui donne à l’eau verte l’air d’être presque immobile. Par une journée d’octobre dégagée la vue s’étend dans la vallée dans les deux directions — on aperçoit le château de Marqueyssac avec ses jardins en terrasses, et de l’autre côté de l’eau le village de La Roque-Gageac accroché à sa propre falaise. La vallée de la Dordogne est pleine de points de vue élevés et dramatiques, mais Beynac offre le meilleur poste d’observation : assez haut pour voir tout le méandre de la rivière, assez bas pour distinguer encore les gabarres en contrebas.

L’intérieur du château est en grande partie vide — ce qui est le bon choix. Des salles de pierre, une grande salle avec une cheminée où on pourrait garer une voiture, quelques meubles médiévaux de reproduction qui ne forcent pas le trait. Les conservateurs ont laissé de l’espace pour que l’architecture travaille, et l’architecture travaille. Arrêtez-vous dans une des salles supérieures avec une fenêtre sur la vallée et il y a un moment de vertige authentique, le sol de pierre sous les pieds et le monde qui s’efface dehors.
Quand y aller : Le printemps et l’automne pour une beauté sans foule. Le château et le village sont au mieux sous la lumière d’octobre. L’été amène des foules mais aussi les promenades en gabare qui valent la peine de découvrir le site par l’eau. Évitez la montée en pleine chaleur d’août — c’est éprouvant sur cette falaise exposée au sud.