Europe
Dordogne
"À chaque méandre de la rivière, un château. À chaque table, une raison de rester."
Je suis arrivé en Dordogne un mardi après-midi d’octobre, sur la D703 depuis Sarlat avec les vitres ouvertes, et en vingt minutes je m’étais déjà arrêté trois fois — une première pour un château sur une falaise calcaire qui semblait posé là comme une plaisanterie, une deuxième pour une noiseraie si parfaitement entretenue qu’elle paraissait artificielle, et une dernière simplement pour m’arrêter sur un pont au-dessus de la rivière et regarder l’eau. De l’eau verte. La Dordogne est genuinement, absurdement verte sous la bonne lumière, et la bonne lumière, c’est la majeure partie de la journée.
J’avais passé des années à traiter cette région comme une note de bas de page — quelque chose classé dans le tiroir mental France sous « vieux châteaux, foie gras, touristes sur des péniches ». Tout ça est exact. Il y a environ un millier de châteaux dans la vallée, plus par kilomètre carré que presque n’importe où en Europe, restes de la Guerre de Cent Ans quand les seigneurs anglais et français ont passé un siècle à se disputer ce tronçon de rivière. Le foie gras est partout, et je le dis sans m’en excuser — confit de canard, magret, rillettes étalées sur du pain aux noix, truffe noire du Périgord râpée sur des œufs brouillés dans une ferme-auberge aux portes de Domme qui m’a facturé dix-huit euros pour le meilleur petit-déjeuner de ma vie. Et oui, il y a des touristes, quoique bien moins que la Dordogne ne le mérite, et ils se concentrent autour de Sarlat et de la réplique de Lascaux pendant que le reste de la vallée reste tranquille.
Ce dont personne ne m’avait prévenu, c’est le poids préhistorique de l’endroit. Cette vallée a abrité certaines des concentrations les plus denses de peuplement Cro-Magnon en Europe. Le seul affluent de la Vézère compte plus de deux cents sites. Font-de-Gaume conserve encore des peintures polychromes originales — bisons, mammouths, chevaux — tracées il y a dix-sept mille ans sur des parois calcaires. On réserve son créneau, on entre dans la grotte, et on se retrouve face à quelque chose qui était déjà ancien quand on planifiait les pyramides. Sarlat est belle. Le château de Beynac est impressionnant. Mais c’est Font-de-Gaume qui reste en moi.
Quand y aller : Fin septembre jusqu’à début novembre. Les foules estivales se sont dispersées, les récoltes de noix et de châtaignes battent leur plein, et la lumière vire à l’ambre vers seize heures. Les marchés de Sarlat et de Périgueux sont au meilleur de leur forme. Évitez juillet et août, sauf si vous appréciez partager chaque parking avec des camping-cars néerlandais.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils construisent des itinéraires autour du circuit des châteaux, ce qui est bien mais passe à côté de ce qui rend la Dordogne irremplaçable. Les sites préhistoriques de la vallée de la Vézère — Font-de-Gaume, Rouffignac, l’Abri du Cap Blanc — sont la vraie raison de venir, et ils exigent une réservation à l’avance que la plupart des visiteurs ne prennent pas la peine de faire. Réservez Font-de-Gaume dès l’ouverture des billets. Les châteaux seront encore là quand vous aurez terminé.