Caraïbes
Dominique
"Toutes les îles des Caraïbes ont vendu leur plage. La Dominique a gardé sa jungle."
J’ai atterri à l’aéroport Douglas-Charles dans un avion à hélices si petit que les ailes fléchissaient dans les turbulences au-dessus de la Guadeloupe, et dix minutes après l’atterrissage je conduisais un jeep de location à travers un rideau de fougères arborescentes plus hautes qu’un immeuble de trois étages. La Dominique ne vous accueille pas en douceur. L’île s’impose d’emblée comme quelque chose d’entièrement différent — pas les Caraïbes des plages de sable blanc et des cocktails glacés, mais une masse volcanique de 750 kilomètres carrés drapée d’une forêt tropicale qui semble genuinement ancienne, de celles où l’on s’attendrait presque à voir surgir quelque chose de préhistorique du sous-bois.
La randonnée jusqu’au Lac Bouillant est ce dont tout le monde parle, et pour une fois l’enthousiasme est justifié. Sept heures aller-retour, à travers la Vallée de la Désolation — qui sent exactement le soufre, comme son nom l’indique — en passant devant des fumerolles qui crachent leur vapeur dans l’air frais de la montagne, avant de déboucher sur une crête où un chaudron gris-bleu d’eau bouillante tourbillonne dans un cratère volcanique. J’y suis arrivé à l’aube, la brume encore basse sur la forêt environnante, et je suis resté là longtemps sans parler. Non pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que l’endroit décourage activement le bruit. Il y a aussi des cascades — les Trafalgar Falls, Victoria Falls, Sari Sari — où l’on escalade des rochers et traverse des rivières froides pour atteindre des vasques qu’aucune brochure n’a réussi à photographier convenablement.
La cuisine dominiquaise est honnête et précise. Cherchez le « mountain chicken » — le crapaud, cette grenouille géante endémique à l’île — frit à la perfection et servi avec du riz et des légumes racines. La soupe callaloo, épaisse de légumes verts et de crabe. Des bananes plantains rôties sur la braise dans des stands au bord de la route principale traversant Roseau, la capitale — elle-même une ville aux bâtiments de bois peint écaillé, avec un marché du samedi où les pêcheurs vendent du thon à nageoires jaunes depuis l’arrière de leurs pickups. Il y a un rhum punch particulier dans un bar sur l’Indian River à Portsmouth auquel je n’arrive pas à cesser de penser — trop sucré selon des critères objectifs, mais d’une justesse absolue après une journée en forêt.
Quand y aller : Janvier à avril est la saison sèche, la meilleure période pour la randonnée. Le sentier du Lac Bouillant est praticable sous une pluie légère, mais devient franchement dangereux dans la boue épaisse. Mai marque le début de la saison des pluies et la forêt vire à un vert encore plus spectaculaire, mais les sentiers peuvent fermer. La saison des ouragans atteint son pic de septembre à octobre — à éviter, sauf si vous voulez une île déserte et que le risque ne vous effraie pas.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils positionnent la Dominique comme une destination d’« écotourisme » pour voyageurs en quête d’aventure, ce qui lui donne une image de produit de niche. Ce n’est pas ça. C’est simplement ce à quoi les Caraïbes ressemblaient avant l’arrivée des promoteurs immobiliers — et le fait que l’île ait été épargnée tient moins à une quelconque vertu écologique qu’à l’absence de terrain plat et de plages monnayables. Cet accident géologique est la plus belle qualité de la Dominique. Venez pour la randonnée, mais ne la traitez pas comme un défi à relever. Ralentissez. L’île fonctionne à son propre rythme, et lutter contre lui vous rendra malheureux.