Goubet al-Kharab
"Les habitants l'appellent le Chaudron du Diable, et debout là-bas je n'avais pas envie de contredire."
La route qui file vers l’ouest depuis la ville de Djibouti traverse un paysage qui ne cesse d’insister sur le fait qu’il n’est pas fait pour les humains — champs de lave, étendues de sel, collines couleur de cendre froide — et juste avant d’atteindre le grand bassin du lac Assal, elle longe le bord de Goubet al-Kharab. Le nom se traduit, grosso modo, par la « Fosse des Démons » ou le « Chaudron du Diable », et les Djiboutiens regardent cette anse sombre avec une certaine méfiance depuis fort longtemps. Nous avons arrêté le 4x4 à un belvédère sur le rebord, coupé le moteur, et la première chose qui m’a frappé fut le silence — total, sous pression, de ceux qu’on peut presque entendre.
Une baie au bout du monde
Goubet al-Kharab est la poche la plus intérieure du golfe de Tadjoura, presque coupée de la mer ouverte, posée juste sur la couture géologique où l’Afrique se déchire lentement. Les plaques arabique, africaine et somalienne s’éloignent les unes des autres ici, et l’on en lit la violence dans la terre environnante : crêtes volcaniques noires déchiquetées, deux petites îles sombres dans la baie que la légende a chargées d’histoires, et une eau qui paraît moins bleue que de l’encre. La couleur profonde tient en partie à la profondeur et en partie au fond marin sombre, mais debout sur ce rebord dans la brume de chaleur, cela ressemblait vraiment à un trou percé dans la terre.
Jacques Cousteau est venu ici dans les années soixante-dix, attiré par des récits de choses monstrueuses dans les profondeurs, et a descendu une cage appâtée pour voir ce qui vivait dans l’eau sombre. Les pêcheurs afars locaux évitaient depuis longtemps la baie. Quoi que Cousteau ait trouvé ou non, la réputation est restée, et j’apprécie assez qu’un lieu puisse encore porter ce genre d’effroi au XXIe siècle.

La chaleur, le sel et le silence
Nous ne nous sommes pas baignés — la chaleur était de celles qui vous font rationner vos propres mouvements, et l’eau, malgré sa menace, regorge en réalité de vie sous la surface ; ce serait, paraît-il, un bon spot pour plonger avec les requins-baleines à la saison plus fraîche, mais nous étions là au mauvais moment et bien trop surchauffés pour l’envisager. À la place nous nous sommes assis à la maigre ombre du camion et avons mangé des dattes et du pain plat tandis que notre chauffeur afar, homme de très peu de mots, désignait un cône sombre lointain qui, disait-il, fut autrefois une cheminée active.
Un peu plus loin, la terre descend vers le lac Assal, le point le plus bas d’Afrique et l’une des étendues d’eau les plus salées de la planète, sa rive croûtée de blanc et aveuglante. Goubet et Assal forment vraiment un tout, un extraordinaire, hostile et magnifique tronçon de géologie — l’endroit où l’on comprend, viscéralement, que le continent lui-même est inachevé.

Allez-y avec un guide et un véhicule en état — c’est du vrai désert, sans services — et allez-y aux mois les plus frais, en gros de novembre à février. Emportez bien plus d’eau que vous ne le pensez. Goubet n’est pas un endroit où l’on s’attarde à la légère ; c’est un endroit qui vous fait sentir, brièvement et utilement, tout petit.