Europe
Chypre
"Chypre, c'est là où les empires sont venus prendre leur retraite, et n'en sont jamais vraiment repartis."
Je suis arrivé à Larnaca un soir de fin avril, et la première chose que j’ai remarquée, c’est l’odeur — thym séché, diesel et quelque chose de vaguement salin, comme si la mer transpirait. La deuxième chose, c’était un rond-point à l’anglaise décoré d’une mosaïque d’Aphrodite, avec les ruines d’un château croisé visibles à deux cents mètres. Cette collision d’époques, c’est Chypre en miniature. Cette île a été occupée par tellement de civilisations — phénicienne, romaine, byzantine, franque, vénitienne, ottomane, britannique — que l’histoire, ici, n’est pas une exposition de musée mais une condition ambiante permanente. On ne peut pas faire cinquante mètres sans marcher sur le passé de quelqu’un d’autre.
La capitale divisée, Nicosie, est la dernière ville partitionnée d’Europe, et traverser la zone tampon par le poste-frontière de la rue Ledra est l’une des expériences les plus singulières de la Méditerranée. D’un côté : cafés chypriotes grecs, icônes byzantines, drapeaux de l’Union européenne. On passe la ligne et en quelques minutes on se retrouve dans le nord turc, à boire du thé dans des verres tulipe, devant des caravansérails reconvertis en hôtels boutique et des mosquées qui furent jadis des cathédrales gothiques. Aucun des deux côtés n’est meilleur ni pire. Les deux sont incomplets sans l’autre. J’ai mangé du halloumi grillé au charbon dans le sud le matin, et du börek frais dans le nord à midi, et je n’ai pas pu décider lequel des deux déjeuners je préférais. Je ne sais toujours pas.
La péninsule d’Akamas à l’ouest, c’est là où je suis allé quand Paphos a commencé à sentir trop le complexe balnéaire. La route côtière se rétrécit jusqu’à n’être presque plus praticable en voiture, les formations rocheuses virent à l’ocre, à la rouille, au blanc, et la mer prend une couleur que je ne peux pas nommer précisément — pas tout à fait turquoise, pas tout à fait cobalt, quelque chose entre les deux qui change toutes les heures avec la lumière. Le village d’Omodos dans les contreforts du Troodos, avec la cour de son monastère et ses ruelles couvertes de treilles, était parfaitement désert le mardi matin où j’y suis arrivé. Une femme étendait son linge. Un chat ne faisait rien. C’est là que je me suis senti le plus en paix pendant tout le voyage.
Quand y aller : Avril, mai et octobre sont idéaux. La chaleur de juillet et août est sérieuse — on frôle les 40°C à l’intérieur des terres — et les stations balnéaires se remplissent de touristes en package. Le printemps fait éclore les fleurs sauvages sur les flancs des collines et l’eau est assez chaude pour se baigner. Octobre est doré, peu fréquenté, et les vendanges battent leur plein dans les villages viticoles du Troodos.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent Chypre comme une destination balnéaire, ce qui sous-estime l’île de manière catastrophique. L’intérieur — les villages de montagne du Troodos, les monastères byzantins aux fresques antérieures à la Renaissance, les forêts autour de Kakopetria — c’est là que Chypre est le plus elle-même. Et presque personne ne mentionne le nord. Quelle que soit votre position politique, visiter le nord sous contrôle turc ajoute une couche de complexité à l’île qu’aucune journée de plage ne peut remplacer. Chypre n’est pas un endroit pour rester immobile. C’est un endroit pour aller chercher.