Caraïbes
Curaçao
"L'île caribéenne qui m'a fait remettre en question tout ce que je croyais savoir sur la région."
Je suis arrivé à Curaçao en m’attendant à une île de plages avec un habillage néerlandais. Ce que j’y ai trouvé était bien plus étrange et bien plus intéressant : un endroit où des panneaux en papiamento côtoient des maisons de commerce aux façades pastel, où l’odeur du kabritu stoba sort de restaurants locaux qui n’ont aucune intention de servir des touristes, et où le port de Willemstad fonctionne comme un vrai port actif, avec un pont flottant qui s’ouvre pour laisser passer les pétroliers. On se plante sur le Handelskade — cette bande absurdement photogénique de maisons coloniales néerlandaises du XVIIIe siècle dans toutes les nuances de moutarde, de corail et de turquoise — et on réalise que ça ressemble exactement aux photos, et que les photos n’ont jamais réussi à capturer pourquoi ça fonctionne vraiment.
Willemstad n’est pas un quartier historique conservé. C’est une ville habitée, qui se trouve avoir une architecture extraordinaire. Punda et Otrobanda — littéralement « l’autre côté » — se font face de part et d’autre de la Sint Annabaai, reliées par le pont flottant Queen Emma. Le traverser à pied, c’est passer d’un quartier à l’autre avec des personnalités bien distinctes : Punda est colonial et commercial, Otrobanda est plus décontracté, plus afro-caribéen, ses ruelles étroites cachant de petits bars, des galeries, et le meilleur keshi yena que j’aie jamais mangé — un fromage entier farci de viande épicée, d’olives et de câpres, cuit au four jusqu’à ce que la croûte dore et que la farce devienne fondante. C’est un plat arrivé par les meules d’Edam hollandaises et l’ingéniosité antillaise, et qui ne fait sens qu’une fois qu’on l’a goûté.
La plongée ici mérite d’être citée parmi les meilleures des Caraïbes, mais c’est la culture genuinement métissée de l’île — néerlandaise, afro-caribéenne, latino-américaine, séfarade, libanaise — qui fait de Curaçao bien plus qu’un séjour récifal. La synagogue Mikvé Israel-Emanuel à Punda, datant de 1732, est la plus ancienne en activité continue des Amériques. Le sol en sable est intentionnel, en référence aux pérégrinations dans le désert du peuple d’Israël. Le quartier qui l’entoure a une certaine gravité silencieuse que les resorts de plage n’approchent jamais.
Quand y aller : Curaçao se trouve en dehors de la ceinture des ouragans, ce qui en fait une destination valable toute l’année. Les alizés maintiennent des températures agréables même en été. De janvier à avril, c’est la période la plus sèche, et celle qui attire le plus de visiteurs. Je préfère mai ou novembre — moins de monde, tout aussi agréable, et l’île se sent davantage comme elle-même.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils la vendent comme une destination de plages avec une jolie capitale. C’est une destination culturelle qui a aussi d’excellentes plages. Il faut passer moins de temps au bord des piscines de resort et plus de temps dans les ruelles de Willemstad. Manger dans des restaurants locaux, pas sur les terrasses du front de mer conçues pour les passagers de croisière. Louer une voiture et longer la côte nord, où le paysage devient aride et balayé par le vent, et ne ressemble en rien à une carte postale caribéenne — et s’en trouve meilleur.