Calanques de Piana
"Au lever du soleil les rochers prennent la couleur de quelque chose en fusion, et un instant la géologie semble vivante."
J’ai pris la D81 depuis Porto à cinq heures du matin parce que quelqu’un dans mon gîte me l’avait conseillé. Je n’étais pas convaincu — il faisait encore nuit quand je suis parti, la route serpentant au bord de la falaise au-dessus du golfe de Porto, la mer invisible en dessous, juste le son des vagues et l’odeur du maquis dans les phares. Puis le ciel a commencé à pâlir derrière les montagnes, et les Calanques de Piana ont surgi de l’obscurité. Pas progressivement. Les colonnes de porphyre orange étaient simplement là, vieilles de trois cents millions d’années, brillant quand la première lumière directe les a atteintes, et je me suis arrêté sur le bas-côté de gravier et je suis resté debout dans l’air froid du matin pendant vingt minutes sans vouloir repartir.

La géologie ici est volcanique — du porphyre phonolitique précisément, une roche à la composition minérale particulière qui se façonne en arches, aiguilles, pitons et anfractuosités, dans des tons allant de l’orange brûlé au rouge profond en passant par le quasi-violet selon la lumière et l’heure. Le classement UNESCO couvre à la fois ce littoral et le golfe de Porto dans son ensemble : la mer en dessous est d’un bleu lumineux profond qui paraît presque faux contre la roche rouge. La combinaison est quelque chose qu’on dirait à un peintre d’atténuer. À midi la lumière est trop directe et les couleurs s’aplatissent ; les formations sont à leur meilleur aux deux extrémités de la journée, quand la lumière arrive de côté et que tout devient tridimensionnel.
Les sentiers de randonnée qui sillonnent les formations sont assez courts pour les faire en une matinée, mais donnent accès à la roche de près — la texture du porphyre est presque métallique par endroits, lisse et chaude au soleil de l’après-midi. Il y a une descente plus longue vers la mer à Ficajola, une petite plage au pied des falaises, qui demande un effort réel dans la chaleur estivale mais récompense avec la seule baignade de la zone. J’ai aperçu deux chevaux sauvages sur le sentier de falaise au-dessus de Ficajola, apparemment indifférents à l’altitude comme à ma présence.

Le village de Piana, perché au sommet des formations, a une église rose et une place avec deux cafés d’où la vue s’étend sur tout le golfe de Porto jusqu’aux falaises d’en face. J’y ai mangé un sandwich à midi et regardé un homme essayer de photographier la vue avant d’y renoncer, ce que j’ai parfaitement compris. La D81 entre Porto et Piana est une de ces routes où on s’arrête toutes les cinq minutes qu’on le veuille ou non. Prévoyez deux fois plus de temps que ce que la carte suggère.
Quand y aller : Mai et juin sont les mois idéaux — la lumière printanière sur la roche est extraordinaire, les sentiers sont tranquilles et le village de Piana n’a pas encore été submergé. Septembre est également excellent. Les formations sont accessibles toute l’année, mais en juillet et août la circulation sur la D81 transforme la célèbre corniche en une lente procession de camping-cars et de voitures de location sans possibilité de dépassement.