L'Ancienne Mosquée du Vendredi de Moroni se dressant au-dessus des murs de corail avec l'océan Indien en arrière-plan
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Moroni

"Chaque ville a une odeur — celle de Moroni, c'est le carburant marin et le clou de girofle, et d'une façon ou d'une autre cette combinaison est parfaite."

Je suis arrivé à Moroni sur le bateau matinal d’Anjouan, qui m’a déposé au port juste au moment où le muezzin commençait et où les pêcheurs étendaient déjà leur prise sur le quai. Il n’était pas encore six heures du matin. La lumière était basse et orangée, l’air épais d’une odeur que je n’arrivais pas immédiatement à identifier — sel marin, oui, mais aussi quelque chose de floral et légèrement médicinal, quelque chose qui s’avéra être de l’ylang-ylang séchant sur des clayettes en bois près du marché. Un gamin d’une dizaine d’années traînait un thon à nageoires jaunes plus grand que lui vers un camion qui attendait. Cette image — le gamin, le poisson, la lumière orangée, le minaret se dressant derrière eux — m’a accompagné pendant tout mon séjour aux Comores.

Le marché aux poissons matinal au port de Moroni, des thons alignés sur le quai à l'aube

La vieille médina n’est pas grande, mais elle récompense le genre de marche lente que je me permets rarement. Ses rues sont construites en corail, poreux et couleur crème, chaud au toucher l’après-midi. Elles se rétrécissent à la largeur d’une personne par endroits, s’ouvrant soudainement sur de petites places où des vieux assis sur des marches discutent de choses qui semblent ne nécessiter aucune résolution. L’Ancienne Mosquée du Vendredi est le cœur de tout cela : une structure basse et élégante dont le minaret s’élève d’une base de pierre de lave et dont l’intérieur, lorsqu’on m’a laissé jeter un bref coup d’œil, sentait l’encens et l’air frais. Dehors, la mer était visible entre les bâtiments, une bande de bleu qui apparaissait et disparaissait au fil de ma progression dans les ruelles.

Le marché qui longe le port est le véritable musée de la vie quotidienne à Grande Comore. Des femmes en kangas aux couleurs vives et certaines arborant le mpangalaoui — une pâte de bois de santal et de riz blanc portée sur le visage comme écran solaire et ornement — marchandent autour du manioc et de l’arbre à pain. Des hommes portent des sacs de clous de girofle. Quelqu’un est toujours en train de faire frire quelque chose quelque part tout près. J’ai mangé de la patate douce grillée chez une femme dont l’étalage consistait en un petit brasero et deux tabourets en plastique, debout parce qu’il n’y avait pas où s’asseoir, et c’était l’une des meilleures choses que j’aie mangées ces derniers temps — caramélisée à l’extérieur, moelleuse à l’intérieur, saupoudrée de quelque chose que je n’ai jamais réussi à identifier.

Une femme en kanga colorée vendant des épices au marché de Moroni, avec du mpangalaoui sur le visage

Le soir, la corniche prend vie d’une façon particulièrement comorienne — ni festive ni mélancolique, mais conviviale et sans hâte. Des garçons jouent au football sur le front de mer. Des familles marchent lentement, sans destination précise. Les boutres amarrés au quai grincent les uns contre les autres. Quelque part quelqu’un joue d’un instrument que je ne saurais nommer, quelque chose de cordé et plaintif qui porte sur l’eau. Je suis resté assis sur un mur en béton pendant plus d’une heure un soir à regarder la lumière quitter le ciel et je n’ai trouvé aucune bonne raison de bouger. C’est ce que fait Moroni, si on le laisse faire. Il vous donne envie de rester immobile.

Quand y aller : De mai à octobre, c’est la saison sèche et la période la plus agréable pour visiter Moroni — chaud sans être étouffant, et la mer est plus calme pour les voyages en bateau. Évitez novembre à mars si possible ; la saison des cyclones rend les liaisons inter-îles peu fiables et la chaleur et l’humidité deviennent sérieuses. Le marché du vendredi près de la Grande Mosquée vaut particulièrement la peine d’être prévu dans votre itinéraire.