Vue aérienne d'une île tropicale aux eaux turquoise intenses et à la végétation verte dense, océan Indien

Afrique

Comores

"Trois îles, zéro touriste, et le meilleur poisson que j'aie mangé de ma vie."

Le ferry de Moroni à Mohéli a mis quatre heures sur un bateau qui aurait dû être réformé depuis dix ans. Des chèvres étaient attachées à l’arrière du pont, le générateur fonctionnait en pointillés, pas de Wi-Fi, pas de réseau, aucun autre étranger à bord. Au moment d’accoster, le soleil était bas et le village de Fomboni se résumait à une poignée de maisons en béton, un étal de marché avec du manioc frit et une femme à moto qui s’est avérée être la seule personne sur l’île à louer des chambres. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ça — cette sensation d’être vraiment à l’écart —, depuis la première fois que j’avais traversé la frontière mexicaine sans plan. L’archipel des Comores produit cet effet : il remet à zéro ce qu’on attend d’un voyage.

Ces trois îles — Grande Comore, Anjouan et Mohéli — sont posées dans le nord du canal du Mozambique, orphelines politiques et logistiques du reste du monde. Elles sont musulmanes, francophones dans les contextes formels, comoriennes dans la vie quotidienne, et gouvernées avec une joyeuse approximation qui n’empêche pourtant pas le pays de fonctionner. Le mont Karthala, l’un des plus grands cratères volcaniques actifs du monde, domine Grande Comore et entre en éruption assez souvent pour que les habitants le traitent moins comme une menace que comme un voisin caractériel. La montée au sommet traverse une forêt nuageuse si dense qu’on perd de vue la personne qui marche devant, longe des fumerolles soufrées, et débouche sur un silence que seul le vent trouble. La redescente vers Moroni — sa médina blanche, son ancienne mosquée du vendredi, son port aux odeurs de girofle et de carburant — le contraste est violent et exaltant.

Mohéli est la plus calme des trois et celle à laquelle je repense le plus souvent. Les baleines à bosse viennent y mettre bas entre juin et octobre. Les tortues marines pondent sur les plages d’Itsamia en nombre qui semblerait invraisemblable si on ne les avait pas vues de ses propres yeux. Le récif au large de la côte sud est l’un des moins dégradés de l’océan Indien. Et la cuisine — du capitaine grillé au clou de girofle et au lait de coco, servi dans une assiette en fer-blanc avec du riz et du piment — c’était quelque chose que je mangeais tous les jours là-bas et que je mangerais tous les jours pour le reste de ma vie si je pouvais. Les fleurs de ylang-ylang qui séchaient au soleil donnaient à toute l’île une douceur qui imprégnait les vêtements.

Quand y aller : De mai à octobre, c’est la saison sèche et la meilleure période pour la vie marine — l’observation des baleines culmine en août et septembre, la ponte des tortues court de juillet à octobre. Avril peut être magnifique mais imprévisible. De novembre à mars, c’est la chaleur, l’humidité et la saison des cyclones : les déplacements inter-îles deviennent aléatoires. Organisez votre séjour en fonction des bateaux : les ferries fonctionnent avec des horaires souples et peuvent être annulés sans préavis.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils ignorent les Comores ou les présentent comme une curiosité extrême réservée aux voyageurs spécialisés. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que les Comores sont simplement ce qu’étaient les îles de l’océan Indien avant que l’argent et Instagram n’arrivent. Ce n’est pas un voyage d’aventure pur et dur — on peut trouver une chambre propre, un bon repas et une hospitalité sincère sans difficulté. Ce qu’on ne trouvera pas, c’est quelqu’un pour orchestrer l’expérience à notre place. Pas de resort, pas d’opérateur touristique avec un site léché, pas de spots Instagram avec un itinéraire. On débarque, on demande, le cousin de quelqu’un a un bateau. C’est à la fois le défi et exactement l’intérêt.