Gruta do Lapão
"À l'intérieur d'une montagne de grès, votre voix ne résonne pas — elle disparaît simplement dans la pierre."
Le sentier depuis Lençóis jusqu’à la Gruta do Lapão prend environ une heure à travers la broussaille de cerrado, et c’est agréable sans être spectaculaire — le genre de marche où on bavarde avec son guide, on indique des oiseaux, on s’arrête pour regarder une colonne de fourmis coupeuses de feuilles travaillant leur propre piste. Et puis on atteint l’entrée de la grotte, et le mot “entrée” semble immédiatement inadéquat. C’est plutôt comme une blessure dans le flanc de la colline : une entaille dans le grès orange de trente mètres de large et peut-être vingt mètres de haut, l’intérieur un couloir d’obscurité absolue au-delà de la zone de lumière diurne, l’échelle tellement plus grande qu’attendu que le premier réflexe est de recalibrer ses hypothèses sur la montagne qu’on a regardée pendant la dernière demi-heure.
La Gruta do Lapão est la plus grande grotte de grès d’Amérique du Sud, et peut-être du monde. Les chiffres sont impressionnants — environ un kilomètre de galerie, des chambres atteignant vingt-cinq mètres de hauteur — mais les chiffres ne transmettent pas tout à fait la qualité particulière de l’intérieur. Les parois sont en grès, pas en calcaire, ce qui signifie pas de stalactites, pas de stalagmites, aucune des architectures dégoulinantes et cristallines qu’on associe aux grottes. Ce qu’on obtient à la place, ce sont des parois lisses, propres, de roche orange, rouille et couleur crème, sculptées par les eaux souterraines en courbes, canaux et cavités, avec une qualité de surface qui paraît presque travaillée — presque délibérée — comme si un sculpteur avait passé des siècles dans l’intérieur avant de partir sans signer.

On marche avec des lampes frontales. Le guide maintient le groupe ensemble dans les sections les plus profondes où l’obscurité est totale — pas sombre comme une pièce quand on éteint la lumière, mais l’obscurité catégorique du sous-sol, là où aucun photon n’est parvenu depuis la surface en temps géologique. J’ai éteint ma lampe frontale pendant trente secondes dans la chambre la plus profonde et j’ai expérimenté absolument rien — aucune forme, aucune ombre, aucun gradient de sombre à plus sombre. Juste le son de l’eau qui goutte quelque part au loin, et ma propre respiration, et puis j’ai rallumé la lumière plus rapidement que je m’y attendais.
La grotte abrite une colonie de morcegos — des chauves-souris — concentrées dans l’une des chambres supérieures. On les entend avant de les voir : un son organique et bruissant quelque part au-dessus du faisceau de sa lampe frontale, et puis le guide pointe vers le haut et on en voit des milliers perchées dans les fissures du plafond, repliées dans la roche. Elles ne prêtent aucune attention aux visiteurs en dessous. Certains soirs, apparemment, on peut les regarder sortir de la grotte en colonne au crépuscule — une rivière sombre de cinquante mille animaux s’écoulant hors de l’entrée pendant plusieurs minutes d’affilée. Je n’étais pas là au bon moment, mais le guide l’a décrit de la façon dont les gens décrivent des choses qu’ils ont regardées cent fois et qu’ils n’arrivent toujours pas tout à fait à croire.

La sortie de la grotte est une deuxième surprise : plutôt que de retracer le chemin d’entrée, le sentier fait une boucle par un passage différent qui émerge sur le flanc de colline à une certaine distance de l’endroit où on est entré. On ressort en clignant des yeux dans la lumière du cerrado, le changement de température immédiat et significatif, les yeux ayant besoin d’une minute pour croire à la clarté.
Quand y aller : Toute l’année, mais notez qu’en saison des pluies (novembre à mars) le sol de la grotte peut être inondé et l’accès peut être fermé. La grotte est fraîche toute l’année — apportez une couche légère même en été bahianais. L’exode des chauves-souris au crépuscule s’observe mieux en fin de saison sèche (août à octobre) ; demandez à votre guide de planifier la visite en fin d’après-midi si vous voulez avoir une chance de l’observer.