Le port de Saint-Pierre-Port avec le château Cornet et des bâtiments aux couleurs pastel montant sur la colline au matin
← Channel Islands

Saint-Pierre-Port

"Hugo a passé quinze ans en exil ici. La maison qu'il a laissée contient plus de velours qu'aucun être humain n'en a besoin."

Je suis venu à Saint-Pierre-Port n’ayant lu presque rien sur la ville au-delà de la mention de l’exil de Victor Hugo, ce qui m’a semblé raison suffisante. Le ferry de Poole est arrivé le matin, et le port qui est apparu dans la brume marine était d’une élégance inattendue : le château Cornet sur son îlot de marée à droite, la ville escaladant la colline directement devant dans un empilement de maisons de ville georgiennes et de tours d’église en granit, le quai du Vieux-Port bordé de cafés qui mettent encore leurs menus à la craie en français et en anglais simultanément. Elle a la structure d’un prospère port normand — rues supérieures étroites, ruelles abruptes reliant les différents niveaux, une place du marché au sommet — et quelque chose de la confiance en soi provinciale d’un endroit qui n’a pas eu besoin de l’approbation de quiconque depuis très longtemps.

Hauteville House est l’ancienne résidence de Hugo, aujourd’hui musée, et elle est extraordinaire d’une façon qui semble légèrement délirante. Hugo y a vécu de 1856 à 1870 et a passé son exil à décorer chaque surface de la maison avec une combinaison de panneaux de bois sculptés, de tapisseries, de miroirs, de carreaux de Delft bleu et blanc, et de monogrammes personnels. La salle à manger seule nécessite plusieurs passages pour être absorbée. Le dernier étage contient son bureau vitré — une mezzanine qui faisait office à la fois d’espace d’écriture et d’observatoire — où il a écrit Les Misérables et une partie des Travailleurs de la mer, debout à un lutrin, regardant le port qui était devenu, temporairement, son monde entier.

Façade de Hauteville House à Saint-Pierre-Port, la maison d'exil de Victor Hugo, avec son orné extérieur victorien sur le flanc de colline

Les ruelles du vieux bourg au-dessus du port — Hauteville Street, Cornet Street, les arcades couvertes de l’Arcade — méritent une après-midi d’errance. Il y a des librairies indépendantes, un marché couvert de produits locaux, des marchands de vin avec du Bordeaux et de la Bourgogne à des prix qui reflètent le statut fiscal de Guernesey, et plusieurs restaurants qui prennent leurs fruits de mer au sérieux. J’ai mangé des coquilles Saint-Jacques dans un bistrot du front de mer dont la provenance m’a été expliquée avec une précision — cette baie précise, ces conditions particulières, récoltées cette semaine — que j’ai énormément appréciée, et qui avaient le goût correspondant.

Vue sur les ruelles pavées en pente de Saint-Pierre-Port vers le port avec la lumière du matin sur les toits

Le château Cornet, relié à l’île principale par une chaussée, est une ruine plus honnête que Mont Orgueil à Jersey — moins restaurée, plus érodée, les bâtiments de caserne à l’intérieur portant encore l’humidité des siècles. Le Musée Maritime qu’il abrite est modeste mais réfléchi, et la vue panoramique depuis la citadelle embrasse tout le port, avec les îles de Herm et de Sercq visibles à l’est par une après-midi claire, la côte française absente mais ressentie.

Quand y aller : De mai à septembre pour l’ouverture complète des restaurants et des musées. Hauteville House est fermée en hiver. Le marché couvert fonctionne toute l’année le mardi et le samedi. Juillet apporte la Bataille des Fleurs, qui transforme temporairement la quietude habituelle de la ville en quelque chose de plus démonstratif.