Le chauffeur de taxi qui m’a emmené de St. Helier vers la côte ouest a dit quelque chose à quoi je reviens souvent : “St. Ouen, c’est là où Jersey arrête d’être polie.” Il parlait du temps. La baie fait face directement au sud-ouest vers l’Atlantique, sans rien entre elle et les Açores, et certains après-midi d’octobre le vent frappe le sable avec une force suffisante pour vous écorcher les pommettes. Les vagues arrivent longues et propres depuis quel que soit le système dépressionnaire qui a circulé au large de l’Ibérie, et les surfeurs — qui se rassemblent ici en combinaison depuis les années 1960 — lisent la houle avec la patience exercée de ceux qui ont appris à attendre.
La baie fait huit kilomètres de long, ce qui est huit kilomètres de plus que l’on n’en attendrait d’une île de cette taille. À son extrémité nord, les dunes cèdent la place à la réserve naturelle de Les Mielles — des terres humides derrière les dunes, des roselières, un lac d’eau douce où les oiseaux migrateurs s’arrêtent en octobre et en mars. J’ai passé une matinée à regarder une aigrette garzette solitaire travailler les eaux peu profondes avec une lenteur balétique, totalement indifférente aux surfeurs visibles à travers les herbes des dunes à l’ouest, et à moi qui l’observais depuis un banc en bois avec un thermos de café de plus en plus froid.

La section centrale de la baie compte quelques cabanes de surf, un café appelé The Watersplash qui nourrit des adolescents en combinaison depuis des lustres, et une rangée d’emplacements de canons allemands encastrés dans la falaise, qui font désormais tellement partie du paysage que personne ne les mentionne. C’est vrai de tout le littoral occidental : le béton de l’Occupation s’inscrit dans le paysage non comme une intrusion mais comme une couche géologique, comme si granit et blockhaus avaient trouvé un arrangement au cours des quatre-vingts dernières années.

À l’extrémité sud de la baie, La Pulente — quelques maisons, une cale, un parking — marque la limite où la plage atlantique cède la place aux promontoires rocheux de Les Quennevais. À marée basse, le récif s’étend sur plusieurs centaines de mètres, exposant des mares de rochers d’une diversité improbable : de petits blennies reculant précipitamment sous les saillies, des anémones de mer contractées en boules de rouge et de violet, des crabes de rivage de la couleur des algues vert-gris. J’ai passé plus de temps dans ces mares que prévu, comme toujours.
Quand y aller : Les surfeurs préfèrent de septembre à mars pour les houles atlantiques régulières. Pour la baignade et la randonnée, de juin à août les journées sont plus calmes et l’eau plus chaude. La réserve naturelle de Les Mielles est exceptionnelle pendant les migrations de printemps et d’automne.