Ferme en pierre entourée de prairies d'un vert éclatant et d'un paysage vallonné sous un ciel dégagé

Europe

Channel Islands

"Techniquement britanniques, spirituellement françaises, entièrement elles-mêmes."

Le ferry depuis Saint-Malo prend une heure et demie. On quitte la France — ou ce qui ressemble à la France, avec ses bars à huîtres, ses boulangeries et cette odeur de marée basse sur le granit — pour arriver quelque part qui s’obstine à n’être ni la France, ni tout à fait l’Angleterre non plus, mais une troisième chose qui fait tranquillement sa vie depuis neuf siècles. Jersey est la plus grande des îles Anglo-Normandes, et quand j’ai débarqué à Saint-Hélier pour la première fois, ce qui m’a frappé n’était pas les blockhaus — bien que l’occupation allemande ait laissé une quantité impressionnante de béton — mais le marché. Les Halles du Marché, ouvertes le samedi matin, avec les Jersey Royals encore humides de terre, le Calvados du Cotentin, le crabe pêché le matin même dans la baie et une sélection de meules de fromage qui n’avait rien à faire dans une dépendance de la Couronne britannique.

Le littoral est le vrai argument pour venir. Jersey seule en compte 80 kilomètres, et ça ressemble à un catalogue de tout ce qu’une côte nord-européenne peut faire : les vasières du nord, où la mer se retire si loin qu’on peut marcher jusqu’au récif à pied ; les sentiers de falaise au nord-est où les fous de Bassan nichent dans le granit ; les plages de la côte ouest — la baie de Saint-Ouën, cinq kilomètres de sable face à l’Atlantique où des surfeurs en combinaison partagent les vagues avec à peu près personne. Le château Mont Orgueil surplombe le port de Gorey avec la brutalité d’un édifice construit pour en imposer, ce qu’il était, érigé au XIIIe siècle pour tenir les Français à distance avant d’être pris par les Français quand même. Guernesey est plus calme, plus agricole, avec ses chemins creux et ses sentiers de falaise au sud-ouest qui lui donnent l’air d’une Cornouailles égarée. La petite Sark est à cinq minutes en tracteur depuis le ferry, sans voitures ni lampadaires, et possède peut-être le ciel étoilé le plus dense que j’aie jamais vu en dehors de l’Atacama.

Quand y aller : De mai à septembre pour la chaleur et les liaisons régulières en ferry. Juin et début juillet sont idéaux — les haies sont en fleurs, les Jersey Royals sont au sommet et les plages ne sont pas encore envahies. Avril peut être splendide et vide, si on ne craint pas un vent frais venu de la Manche.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils se concentrent entièrement sur Jersey et manquent Sark, qui est la plus étrange et la plus belle des îles. Ils sous-estiment aussi la cuisine. Ce n’est pas le pays du fish and chips, même si on en trouve d’excellents. C’est un endroit de fruits de mer sérieux — araignée de mer, coquilles Saint-Jacques des eaux de Guernesey, huîtres des parcs de la Baie Royale de Jersey — préparés avec une sensibilité française que la culture culinaire britannique alentour n’a jamais tout à fait atteinte.