Verzenay
"Un phare sans mer à avertir — juste des vignes dans toutes les directions. La France a le don de la chose belle parfaitement inutile."
Il y a un phare dans les vignobles de Verzenay qui a été construit en 1909 par un négociant en Champagne comme coup de publicité, parce qu’un phare sans mer à proximité est exactement le genre de chose élaborée, coûteuse et inutile qui a tout son sens dans le contexte du marketing champenois. Le Phare de Verzenay se dresse au point culminant du plateau de la Montagne de Reims, quarante-deux mètres de haut, et depuis son belvédère on peut voir Reims au nord, Épernay au sud, et dans toutes les directions la plaine crayeuse et les coteaux couverts de vignes qui constituent l’un des paysages viticoles les plus précisément cartographiés au monde. Le matin où je l’ai gravi, une brume de septembre se dissipait sur la plaine et les tours de la cathédrale de Reims émergeaient à peine du blanc, et je me suis tenu là pendant vingt minutes à éprouver ce plaisir particulier de voir un endroit qu’on croyait comprendre par les cartes devenir réel et tridimensionnel sous soi.

Verzenay lui-même est un village grand cru — l’un des dix-sept seulement en toute Champagne — et ses vignobles sur le versant nord de la Montagne de Reims sont plantés presque exclusivement en Pinot Noir. L’exposition nord est contre-intuitive : on attendrait que les coteaux les plus chauds et les mieux ensoleillés produisent les meilleurs raisins. Mais dans le climat marginal de la Champagne, la clé est la fraîcheur et la maturation lente, non l’accumulation de chaleur, et les froides parcelles exposées au nord de Verzenay produisent un Pinot Noir avec un équilibre extraordinaire de concentration fruitée et d’acidité vive. Le vin d’ici n’est pas le plus aimable ni le plus immédiatement charmant — il est structuré et quelque peu austère dans sa jeunesse — mais ouvert dix ans après la vendange, il devient quelque chose de genuinement profond.
Le village compte deux douzaines de vignerons vendant en direct, et leur rendre visite n’a rien à voir avec le tourisme organisé d’Épernay. On appelle à l’avance — ou, dans certains cas, on sonne simplement à la porte — et quelqu’un vous emmène dans une grange, ou une cave en pierre, ou un garage avec des cuves en inox le long d’un mur, et vous sert quatre vins en expliquant la philosophie qui les a produits. Un producteur que j’ai visité avait de vieilles vignes sur trois expositions différentes du coteau, et ses vins étaient un cours magistral sur la façon dont des expositions et des altitudes marginalement différentes se traduisent par des caractères entièrement différents dans le verre : une parcelle tendue et minérale, une autre plus ronde et plus sombre, une autre avec une qualité savoureuse que je n’avais jamais tout à fait rencontrée dans un vin tranquille auparavant. Il ne vendait rien à l’international. Toute sa production allait à une liste de particuliers français. Il ne semblait pas trouver cela inhabituel.

Le phare abrite désormais un petit musée du Champagne — le Musée du Phare — avec des expositions sur l’histoire de l’appellation, la géologie, le remuage et le dégorgement. C’est bien fait et instructif, mais le vrai musée est dehors : le vignoble lui-même, le coteau, le sol blanc, la lumière d’octobre. Je recommande de monter au sommet, d’avoir son moment avec la vue, puis d’aller trouver un vigneron et de laisser le vin expliquer le reste.
Quand y aller : Septembre et octobre pour les vendanges et les couleurs d’automne sur les coteaux. Le point de vue du phare est extraordinaire tôt le matin en toute saison quand la plaine en contrebas est dans la brume. Fin novembre à décembre, après la saison touristique, quand les vignerons viennent de terminer leurs fermentations et servent avec la générosité particulière des gens soulagés que l’année se soit bien passée.