La façade gothique noircie de la cathédrale de Reims se dressant au-dessus de la place au crépuscule, ses deux tours captant la dernière lumière cuivrée
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Reims

"La cathédrale porte ses cicatrices de guerre comme un visage porte une cicatrice — elles deviennent tout le caractère."

Je suis arrivé par un matin gris d’octobre alors que la cathédrale était encore mouillée par la pluie de la nuit, sa façade de calcaire assombrie jusqu’à la couleur de l’étain vieilli. J’avais vu des photographies. Je croyais savoir à quoi m’attendre. Ce que les photos ne transmettent pas, c’est l’échelle du portail central, la façon dont les saints et les anges sculptés s’empilent sur six étages au-dessus de vous pendant que vous vous tenez là, la nuque renversée en arrière, avec ce sentiment agréable d’insignifiance. Ce qu’elles ne montrent pas non plus, c’est le noircissement — ces plaques de pierre encore tachées par le bombardement allemand de 1914, quand la cathédrale a brûlé pendant onze heures avec mille soldats français blessés à l’intérieur. Reims sacre les rois de France depuis Clovis en 496 après J.-C., et depuis lors elle brûle et se reconstruit avec une obstination régulière.

La nef gothique élancée de la cathédrale de Reims, une lumière dorée filtrant à travers les vitraux médiévaux restaurés

Les vitraux de Chagall dans l’abside constituent un choc déconcertant et merveilleux après toute cette gravité médiévale — des bleus électriques et des carmins installés en 1974, représentant l’arbre de Jessé et des scènes de l’Ancien Testament dans un style qui n’a rien à faire dans une cathédrale du XIIe siècle et qui pourtant y trouve parfaitement sa place. Je me suis assis sur un banc en bois et les ai contemplés pendant vingt minutes pendant qu’un groupe scolaire passait. Ces fenêtres m’ont fait ressentir ce que ressent un très bon Champagne : surpris par la légèreté, conscient que quelque chose de techniquement complexe a été résolu en quelque chose qui semble sans effort.

Dehors, la ville affiche une certaine confiance tranquille. Les boulevards sont larges et arborés, les cafés font un bon commerce de biscuits roses de Reims — ces pâles biscuits roses à tremper traditionnellement dans une coupe de bulles, ce qui semble précieux jusqu’à ce que vous en mangiez un et compreniez que la légèreté du biscuit est précisément calibrée pour l’acidité du vin. Le marché couvert de la rue du Temple vend du chaource si frais qu’il tremble quand on le porte. Les cavistes proposent des Champagnes de vignerons introuvables à Paris, des bouteilles de récoltants-manipulants d’une seule parcelle sur la Montagne de Reims qui font peut-être huit mille bouteilles par an et ne s’embarrassent pas d’exporter.

Des rangées de bouteilles de Champagne vieillissant dans les caves de craie sous la ville de Reims, fraîches et faiblement éclairées

Sous la ville, pourtant, c’est là que Reims garde sa vraie vie. Les maisons de Champagne — Taittinger, Veuve Clicquot, Pommery, Ruinart — ont creusé leurs caves dans la même craie que les Romains utilisaient pour leurs remparts, ces mêmes crayères lumineuses qui descendent à vingt mètres sous le niveau de la rue et maintiennent une température constante de dix degrés toute l’année. Chez Taittinger, les sections de carrière romaine sont d’immenses chambres cathédraliques, voûtées et pâles, les bouteilles empilées en rangées mathématiquement précises qui disparaissent dans l’obscurité. Ma guide m’a dit que les crayères de Reims contiennent à tout moment environ 200 millions de bouteilles. Debout dans ce froid caveau de craie, je l’ai crue.

Quand y aller : Mai et juin apportent une longue lumière et la première verdure des vignes sans les foules de l’été. Octobre, c’est les vendanges — toute la ville sent légèrement le moût de raisin et les vignerons sont aux champs à l’aube. Évitez le pic d’août quand les files devant la cathédrale font le tour du pâté de maisons.