L'avenue de Champagne à Épernay à l'heure dorée, les façades de calcaire brillant en ambre, le long boulevard rectiligne se perdant vers les coteaux couverts de vignes
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Épernay

"Il y a plus d'argent sous terre dans cette seule rue que je n'en verrai en dix vies. Ça semble juste, d'une certaine façon."

L’avenue de Champagne n’est pas un endroit subtil. C’est un long boulevard rectiligne de demeures en calcaire — Moët & Chandon, Perrier-Jouët, Pol Roger, Castellane — chacune plus imposante que la précédente, comme si les maisons étaient en silencieuse compétition architecturale pour exprimer au mieux ce à quoi ressemble la richesse obscène quand elle a très bon goût. Je suis arrivé au crépuscule, quand le calcaire virait à l’ambre et que les portails étaient fermés pour la nuit. Un couple de touristes japonais photographiait l’enseigne de Moët. Un chat traversa la rue devant moi avec l’autorité détachée de quelque chose qui a toujours bien vécu. J’ai parcouru toute la longueur et suis revenu sur mes pas, en éprouvant ce mélange particulier d’admiration et d’absurde que cette rue produit de façon fiable.

La somptueuse façade Belle Époque de la maison Perrier-Jouët sur l'avenue de Champagne, entourée de jardins sculptés

Ce que l’avenue ne montre pas, c’est ce qu’il y a dessous. Les caves s’étendent sur des kilomètres sous la ville et les coteaux environnants, un froid labyrinthe de craie où les bouteilles dorment dans l’obscurité pendant des années. La maison Mercier — que je préfère à Moët pour son total manque de prétention — propose un circuit en petit train guidé par laser à travers dix-sept kilomètres de galeries creusées à la main dans la craie par deux mille ouvriers à partir de 1871. La température là-bas est un constant dix degrés, l’air sent la poussière de craie et la levure, et les pupitres de remuage maintiennent leurs bouteilles à un angle précis de 45 degrés. Chaque bouteille tournée d’un quart de tour chaque jour à la main. Mon guide a expliqué cela avec la fierté pragmatique de quelqu’un qui décrit un système qui fonctionne depuis 150 ans et ne voit aucune raison de s’arrêter.

Entre les grandes maisons se trouvent de plus petites caves, des opérations de récoltant-manipulant qui occupent des maisons de ville reconverties et vendent directement depuis une table de cuisine. J’ai acheté une bouteille de Blanc de Noirs chez une femme dont la famille cultive des vignes sur la même parcelle depuis 1923. Elle m’a servi une dégustation sans que je le demande. C’était plus rond et plus sauvage que quoi que ce soit sur l’avenue, avec une légère note de fruits rouges qui m’a surpris. Elle semblait satisfaite que je l’aie remarqué.

Un ouvrier de cave remuant des bouteilles de Champagne à la main dans une fraîche cave de calcaire sous Épernay, le tunnel se perdant derrière lui

La ville au-dessus des caves est tranquillement agréable sans être remarquable — quelques bons bistrots, un marché couvert le samedi matin où les vignerons locaux vendent leurs bouteilles à côté de fromages fermiers et d’andouillette, un jardin municipal avec une fontaine. La vraie attraction ici, ce n’est pas ce qu’on peut voir. C’est ce qu’on peut goûter. Le Champagne Bar de l’Hôtel de Ville sert des dégustations au verre, ce qui signifie qu’on peut passer un après-midi à explorer un Blanc de Blancs, un Blanc de Noirs et un rosé de trois maisons différentes, en prenant des notes et en se sentant tout à fait justifié d’appeler ça de la recherche.

Quand y aller : Septembre et octobre, c’est la saison des vendanges — les pressoirs tournent jour et nuit et toute la ville sent le jus en fermentation. Début mai, quand les vignes bourgeonnent à peine et que les excursionnistes ne sont pas encore arrivés, est la fenêtre la plus tranquille pour les visites de caves sérieuses.