Des vignes de Chardonnay sur les éblouissants coteaux blancs de craie de la Côte des Blancs près de Cramant, le versant se perdant sous un ciel bleu automnal limpide
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Côte des Blancs

"La craie ici est si blanche qu'elle fait mal aux yeux en plein soleil. Le Chardonnay qu'elle produit vaut chaque plissement."

On remarque d’abord la craie. Au sud d’Épernay, la crête de la Côte des Blancs s’élève côté est de la route, et le sol des pentes raides n’est pas brun ni ocre ni le rouge profond qu’on voit en Bourgogne — il est blanc. D’un blanc aveuglant, presque absurde, la couche superficielle si mince que la roche mère de craie affleure partout entre les rangs de vignes, renvoyant la lumière solaire automnale vers le haut dans le feuillage depuis dessous. Sous la lumière de l’après-midi, les coteaux ont une qualité presque lunaire. On comprend immédiatement pourquoi le vin a le goût qu’il a : minéral, précis, électrique, avec une vivacité d’agrumes qui semble venir directement du sol plutôt que du raisin.

Le sol de craie pure entre les vignes de Chardonnay de la Côte des Blancs, la roche blanche renvoyant la lumière vers le haut à travers le feuillage vert des vignes

Les villages sur la crête ont la sobre assurance des endroits qui savent exactement ce qu’ils produisent et n’éprouvent aucun besoin de le proclamer. Cramant, Avize, Oger et Le Mesnil-sur-Oger sont enfilés le long du coteau comme un collier de grands crus, chacun associé à un style de Blanc de Blancs — le Champagne élaboré exclusivement à partir de Chardonnay — que le monde sérieux du vin discute avec la révérence habituellement réservée à la Bourgogne ou à Bordeaux. Le Mesnil, en particulier, a un statut presque mythologique : le Krug Clos du Mesnil est un jardin muré de deux hectares au cœur du village, et son vin, quand on trouve une bouteille, coûte à peu près l’équivalent d’une bonne voiture d’occasion. Je n’en ai pas eu. J’ai eu un Blanc de Blancs d’un petit récoltant à Avize qui m’a coûté onze euros et avait le goût de craie dissoute dans de l’eau pétillante, dans le meilleur sens du terme.

Dans une coopérative à Cramant, j’ai demandé à la femme derrière le comptoir de me recommander sa bouteille préférée du magasin. Elle a réfléchi un instant, puis m’a tendu un Blanc de Blancs sans millésime qu’elle a décrit seulement comme « ce que Cramant a le goût quand il est honnête ». C’était or-vert dans le verre, les bulles fines et persistantes, le nez tout citron frais et silex mouillé. En bouche, c’était précis et presque austère d’abord, puis ça s’est assoupli en quelque chose de long et crémeux. J’en ai bu la moitié ce soir-là sur les marches de ma maison louée, regardant les rangs de vignes virer au bleu-gris dans le crépuscule, et je n’ai pas écrit une seule note. Certaines choses résistent à la notation.

Le village d'Avize sur la Côte des Blancs pendant les vendanges, des tracteurs tirant des bennes de raisins de Chardonnay à travers la place du village

Les villages eux-mêmes sont tranquilles, habités, le genre de communautés agricoles françaises où la boulangerie ferme à midi et le seul café est attenant à un tabac qui vend aussi des bidons de gazole. Il n’y a pratiquement pas d’infrastructure touristique. Il faut appeler à l’avance, se présenter à l’heure convenue, et accepter ce que le vigneron décide de vous servir. Ce n’est pas une contrainte.

Quand y aller : Les vendanges — mi-septembre à début octobre — quand les coteaux blancs de craie s’animent avec les cueilleurs et les tracteurs, et chaque coopérative fait tourner son pressoir toute la nuit. Fin avril à mai, quand les bourgeons de Chardonnay commencent à peine à se déployer dans la froide lumière de la craie, c’est plus tranquille et tout aussi beau. Évitez juillet et août — les volets sont fermés, les caves verrouillées, et les vignerons en vacances.