Le monument imposant de la croix de Lorraine se dressant au-dessus des collines boisées près de Colombey-les-Deux-Églises dans la région Champagne
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Colombey-les-Deux-Églises

"En tant que Français, je sentais que je devais une visite à ce village, et je suis heureux d'avoir cessé de résister."

J’avais passé deux jours dans les vignobles autour d’Épernay, et comme la plupart des gens, je pense à la Champagne en termes de bouteilles, de caves crayeuses et de la Marne. Mais la province historique de Champagne s’étend bien plus loin au sud-est, vers le pays plus doux et plus boisé de la Haute-Marne, et là se trouve un village qui n’a rien à voir avec le vin et tout à voir avec la façon dont la France se pense elle-même. Colombey-les-Deux-Églises est l’endroit où Charles de Gaulle avait élu domicile, et en tant que Français de ma génération — nourri du mythe, sceptique à son égard, et finalement incapable d’y échapper — je sentais que je devais une visite à ce lieu.

La croix sur la colline

On la voit avant le village : une énorme croix de Lorraine, de plus de quarante mètres de haut, plantée sur une crête boisée au-dessus des toits. Elle est monumentale sans s’excuser, le genre de geste qui paraîtrait absurde ailleurs mais qui, ici, finit par convenir. Lia, qui n’est pas française et observe l’amour-propre français avec une tendresse amusée, a haussé un sourcil et dit que c’était très conforme à l’image. Elle n’avait pas tort. À sa base se trouve le Mémorial Charles de Gaulle, un musée sérieux et étonnamment réussi qui parcourt le vingtième siècle avec de Gaulle en son centre — les guerres, la Résistance diffusée depuis Londres, la Cinquième République, les longues retraites vers ce village précis pour écrire et ruminer.

La haute croix de Lorraine en granit dressée sur une crête boisée au-dessus de Colombey-les-Deux-Églises sous un ciel gris de Champagne

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas la grandeur mais le choix du lieu. De Gaulle aurait pu vivre n’importe où. Il a acheté ici une demeure modeste, La Boisserie, en 1934, et y revenait chaque fois que la politique le permettait — et même quand elle ne le permettait pas. La maison est ouverte aux visiteurs et est exactement aussi dépouillée que la légende l’affirme : un bureau avec vue sur le jardin, où il a écrit ses mémoires, et la petite pièce octogonale d’angle où il travaillait le soir de sa mort, en 1970. Je me méfie du pèlerinage politique, mais debout dans cette pièce, regardant les mêmes arbres, j’ai senti toute la mise en scène de l’homme s’effacer un instant.

Le village lui-même

Le village en contrebas est minuscule et ordinaire au meilleur sens du terme — un lieu réel, pas un décor. Il y a l’église paroissiale où de Gaulle assistait à la messe, et sa tombe dans le petit cimetière attenant, qui est véritablement modeste. Il avait insisté pour être enterré parmi les morts du village, sous une pierre simple sans titres, à côté de sa fille Anne, trisomique, qu’il adorait. La tombe reçoit un flux régulier de visiteurs qui déposent des fleurs, restent un instant et repartent. Je suis resté plus longtemps que prévu.

La pierre tombale toute simple de Charles de Gaulle dans le petit cimetière du village de Colombey-les-Deux-Églises, des fleurs déposées à son pied

Ensuite, Lia et moi avons déjeuné dans l’un des deux restaurants du village — de l’andouillette, qu’elle a vaillamment goûtée puis discrètement abandonnée, et un bon fromage local — et nous avons bu, à juste titre, un verre de champagne des vignobles de l’Aube méridional, non loin de là. Le village vit en partie du flux régulier de visiteurs, mais il n’a pas été englouti par eux. Il reste une commune vivante de Haute-Marne qui se trouve porter un énorme poids de mémoire nationale.

Allez-y pour le musée, qui est excellent, et restez pour l’étrange silence du lieu. Pas besoin de vénérer de Gaulle pour trouver Colombey émouvant. Il suffit de s’intéresser à la façon dont un pays décide quelles de ses histoires graver dans le granit, et lesquelles laisser sous une simple pierre de village.