Des maisons à colombages se reflétant dans un canal tranquille au cœur de Châlons-en-Champagne, un clocher en pierre s'élevant au-dessus de la voie d'eau bordée d'arbres
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Châlons-en-Champagne

"Tous les guides l'appellent 'la petite Venise champenoise' puis passent à autre chose. Tant mieux — plus de canaux pour moi."

Châlons-en-Champagne ne fait pas d’effort particulier pour se faire remarquer. C’est la préfecture de la Marne, le centre administratif de toute la région Champagne, et elle fait discrètement ce travail administratif depuis que les Romains ont établi un camp ici il y a deux mille ans, sans généralement attirer les pèlerinages qui vont à Reims ni le tourisme viticole qui va à Épernay. Je suis arrivé un mardi après-midi n’ayant presque rien lu à son sujet, me suis installé dans un petit hôtel près du vieux centre, et suis sorti pour découvrir une ville de canaux si genuinement belle que je me suis arrêté sur le premier pont que j’ai traversé et ai simplement regardé pendant longtemps.

Le canal de la Marne se reflétant à l'aube à Châlons-en-Champagne, l'eau calme reflétant des façades à colombages et un ciel pâle

Le Nau et le Mau, deux bras de la Marne qui ont été canalisés il y a des siècles, traversent le centre-ville le long de maisons à colombages dont les étages supérieurs se penchent au-dessus de l’eau avec la désinvolture confiante de choses qui se penchent depuis quatre cents ans. L’effet est celui d’une ville provinciale qui s’est accidentellement assemblée en une scène d’un tableau de Vermeer et n’a jamais trouvé le temps de changer. Sur le bord du canal, une paire de cygnes. Un pêcheur avec un thermos. Une chaise en plastique que quelqu’un avait sortie d’un café et positionnée à l’angle exact pour capter le soleil de l’après-midi. La vie du canal ici a une qualité tranquille et non photographiée que j’ai trouvée plus ressourçante que quoi que ce soit sur l’avenue de Champagne.

Les églises sont l’autre grand attrait, et elles sont largement vides de visiteurs. La collégiale Notre-Dame-en-Vaux a une tour romane du XIIe siècle et une nef gothique ajoutée un siècle plus tard, et son intérieur abrite le fameux cloître roman démoli dont les chapiteaux sculptés — récupérés en pièces lors des fouilles des années 1960 — sont désormais exposés dans le musée attenant avec le soin habituellement accordé à la sculpture grecque antique. J’étais le seul visiteur l’après-midi où j’y suis allé. Un gardien de sécurité m’a suivi à une distance respectueuse, non par méfiance mais par solitude, et quand je me suis arrêté devant un chapiteau particulièrement beau de figures entrelacées, il s’est penché et m’a dit son nom et l’année où il avait commencé à travailler là et que la figure de gauche était probablement Samson. Je l’ai remercié. Il a semblé sincèrement touché.

L'intérieur de Notre-Dame-en-Vaux à Châlons-en-Champagne, les vitraux projetant une lumière colorée sur les pâles colonnes romanes en pierre

Le marché du mercredi et samedi matin remplit le vieux centre du bruit et des odeurs particuliers d’un marché couvert français en activité — les poulets à la broche dégoulinants de graisse, le fromager avec quarante variétés sur une seule tréteaux, les étals de vins locaux des villages environnants. J’ai acheté une bouteille de Champagne de vigneron chez un homme qui avait conduit depuis un village au-delà de Vertus spécifiquement pour vendre à ce marché tous les mercredis depuis vingt ans. Son Blanc de Blancs coûtait huit euros. Il était très bon.

Quand y aller : Châlons récompense les visites en toute saison précisément parce que ce n’est pas principalement une destination viticole dépendante des vendanges. Les reflets des canaux au printemps sont beaux — fin avril à juin, les saules bourgeonnant et la lumière longue. Décembre est étonnamment charmant : le marché de Noël sur la place de la cathédrale, les canaux noirs et immobiles et éclairés depuis les ponts. L’été fonctionne bien aussi, avec des terrasses de café le long des voies d’eau jusqu’en fin de soirée.