Europe
Région Champagne
"Là-bas dans les caves de craie sous Épernay, le temps s'arrête vraiment."
Je suis arrivé à Reims un lundi d’octobre gris avec un billet de train, un sac à dos et le vague projet de passer une semaine à boire du vin pétillant en appelant ça du travail. La ville m’a frappé d’entrée — la façade gothique de la cathédrale encore noircie par endroits par la Première Guerre mondiale, toute la rue avec ce parfum ténu de moût et de pierre froide. Je m’attendais à une escapade bucolique en pays viticole. J’ai trouvé à la place un endroit qui porte son histoire comme un bon Champagne porte ses levures : invisiblement, jusqu’à ce qu’on s’arrête et qu’on fasse attention.
La Route Touristique de Champagne file vers le sud depuis Reims en traversant la Montagne de Reims jusqu’à Épernay, et je l’ai parcourue lentement, m’arrêtant toutes les dix minutes. Les rangs de vignes poussent ici sur de la craie — un sous-sol blanc éclatant qui réfléchit la chaleur vers le haut et draine l’air froid sur le flanc de coteau, ce qui explique précisément pourquoi les raisins mûrissent à cette latitude. Chez Champagne Mercier à Épernay, j’ai descendu dix-sept kilomètres de galeries souterraines creusées à la main dans cette craie à partir de 1871, un labyrinthe éclairé comme une cathédrale et assez frais pour que mon souffle s’y condense. Les bouteilles sont empilées sur des pupitres à 45 degrés, chacune tournée à la main d’un quart de tour par jour pendant six semaines pour pousser les dépôts vers le col. L’absurde patience de la chose m’a fait rire. Là en bas, la logistique mondiale et les livraisons nocturnes ressemblent au problème de quelqu’un d’autre.
Le déjeuner à Hautvillers — le village où Dom Pérignon a soi-disant assemblé pour la première fois des raisins de différents terroirs pour créer une cuvée constante — c’était une assiette d’andouillette avec trois vignerons à la retraite qui ne parlaient pas anglais et ont supporté mon français avec une indulgence admirable. Le Blanc de Blancs local que j’ai bu avec était tout craie et pomme verte, rien à voir avec les cuvées toastées du commerce. L’Avenue de Champagne d’Épernay au crépuscule, quand les maisons en calcaire virent à l’ambre et que toutes les portes de caves sont closes pour la nuit, c’est l’une de ces rues d’Europe qui vous donne le sentiment d’être vaguement indigne de sa beauté.
Quand y aller : Fin septembre à mi-octobre pour les vendanges — les villages sont animés, les vignerons sont dehors et on peut parfois se proposer pour vendanger. Mai et juin offrent une lumière longue et des routes désertes. Évitez août, quand la région tourne en pilote automatique touristique.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Champagne comme une excursion à la journée depuis Paris. Ce n’est pas ça. La région est un endroit lent construit pour une attention lente — la géologie, le remuage, la philosophie d’assemblage qui marie des années différentes. Il faut au moins quatre jours, une voiture et l’envie de s’arrêter chez un petit récoltant-manipulant plutôt que de se contenter des grandes maisons. Les Champagnes de récoltants, c’est là que vit le vrai caractère.