Vaste mosaïque savane-forêt de la Réserve Naturelle de Chinko dans l'est de la République centrafricaine à l'heure dorée, aucune structure humaine visible
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Réserve Naturelle de Chinko

"Chinko, c'est ce que signifiait le mot « reculé » avant que le tourisme ne l'adoucisse en adjectif marketing."

Se rendre à Chinko implique un avion léger, une piste d’atterrissage taillée dans la brousse, et l’acceptation qu’on se place à une distance significative de toute infrastructure médicale ou communication fiable. J’ai volé depuis Bangui sur un petit avion à hélice appartenant à l’organisation qui gère la réserve, et le vol en lui-même était instructif : pendant une heure et demie, pratiquement rien en dessous de nous que de la forêt, puis une mosaïque forêt-savane, puis de la savane ouverte interrompue par des rivières saisonnières et un village occasionnel — et puis rien. La piste d’atterrissage s’est matérialisée depuis les herbes et nous y avons atterri dans un nuage de poussière rouge, quelqu’un saluant depuis un Land Rover à l’extrémité de la piste.

Chinko couvre environ 17 600 kilomètres carrés dans l’est de la République centrafricaine, à la frontière du Soudan du Sud et de la RDC. Elle est gérée depuis 2014 par African Parks, l’organisation de conservation qui gère également Garamba en RDC et plusieurs autres réserves vastes et difficiles à travers le continent. Avant cette intervention, Chinko avait été en grande partie dévastée par le braconnage — les lions disparus, les éléphants réduits à une population résiduelle, le paysage chassé jusqu’au quasi-silence. Ce qui s’y passe maintenant est l’une des opérations de reconstitution de la faune les plus ambitieuses d’Afrique, ce qui est différent de dire qu’elle a réussi, parce que le travail se poursuit et que les menaces n’ont pas disparu.

Un lion se reposant dans les hautes herbes de la savane de Chinko à midi, la transition forêt-savane visible en arrière-plan

Les lions étaient la chose à laquelle je ne m’attendais pas. Un ranger nommé Pascal a pistré une troupe de sept le deuxième matin — majoritairement des femelles, avec deux sub-adultes qui apprenaient encore à chasser et continuaient à rater leur approche par impatience. Nous les avons observés depuis le véhicule pendant deux heures pendant qu’ils travaillaient un troupeau de cobes de Buffon dans les hautes herbes de la marge fluviale. La tentative de chasse a échoué, deux fois, et les lions se sont finalement installés à l’ombre d’un acacia avec l’acceptation philosophique des prédateurs apicaux qui ont le temps pour eux. Pascal nous a conduits à trente mètres. Les lions n’ont pas levé les yeux.

Ce qui m’a le plus frappé à Chinko, ce n’était pas la faune, qui est extraordinaire, mais la capacité du paysage pour l’échelle. L’Afrique centrale a une façon de remplir le cadre — la forêt bloque les horizons, les arbres se referment, votre vue est perpétuellement intime. Chinko est le contraire. Depuis une légère hauteur au-dessus de la rivière Chinko, je pouvais voir peut-être trente kilomètres dans trois directions : savane courant jusqu’à un horizon qui vacillait dans la chaleur, interrompue seulement par les lignes sombres des forêts-galeries le long des cours d’eau. Il n’y avait aucun bruit de moteur. Le silence avait un poids physique. J’ai compris, debout là, pourquoi les gens qui travaillent cette réserve développent une intensité particulière à la protéger.

La rivière Chinko en saison sèche, pâles bancs de sable et eau claire, dense forêt-galerie sur les deux rives

La réserve n’est pas une infrastructure touristique au sens conventionnel. L’hébergement est basique — des tentes bien entretenues ou des chambres simples au camp principal — et l’expérience est orientée autour du travail de la réserve plutôt qu’autour de l’organisation d’une expérience visiteur confortable. Les rangers qui font des patrouilles anti-braconnage partagent le camp. Les conversations du dîner, principalement en français avec mon sango approximatif pour combler les lacunes, portaient sur des choses réelles : itinéraires de patrouille, nombre de collets, le mouvement d’un éléphant problématique qui continuait à attaquer des champs dans la zone tampon, une récente confrontation avec une opération commerciale de viande de brousse venant de l’autre côté de la frontière sud-soudanaise. Ce n’est pas un endroit qui joue la conservation pour les visiteurs. C’est un endroit qui la pratique.

Quand y aller : De novembre à avril, pendant la saison sèche, quand la rivière Chinko baisse pour révéler des gués sur les bancs de sable, la faune se concentre autour de l’eau permanente et les pistes sont praticables. La saison des pluies rend de grandes parties de la réserve effectivement inaccessibles. L’accès nécessite une coordination préalable avec African Parks via leur contact de la réserve de Chinko.