Petites maisons en bois du village de Bayanga entourées par la dense forêt du bassin du Congo le long de la rivière Sangha à l'aube
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Bayanga

"À Bayanga, la forêt n'est pas un décor — c'est l'autre moitié de chaque conversation."

La route de Bayanga se termine à Bayanga. Il n’y a pas de passage vers autre chose, pas de suite. On suit la piste de latérite rouge vers le sud-ouest depuis Berbérati pendant plusieurs heures — en passant par des villages où des enfants apparaissent au bord de la route comme convoqués, en passant par des champs de manioc taillés dans une forêt qui se resserre des deux côtés — puis les arbres deviennent plus grands et la route empire, et finalement on arrive à un ensemble de bâtiments en bois sur les rives de la Sangha, et c’est tout. Bayanga n’est pas une destination qu’on traverse. On y va parce qu’on l’a décidé.

Le bourg a une sensation particulière que je n’arrive pas à nommer. Ce n’est pas le remote d’un village de montagne. La forêt n’est pas un paysage ici — c’est une présence, de la façon dont un fleuve est une présence dans un bourg fluvial. Chaque jardin donne sur elle par derrière. Son odeur — terre humide, pourriture verte, quelque chose de floral impossible à localiser — entre avec chaque brise. La nuit, depuis le porche de la maison d’hôtes de la réserve, on entend des sons de la forêt qui n’ont pas d’explication évidente. Les hommes Ba’Aka à qui j’ai posé la question le lendemain matin ont ri, sans méchanceté, comme rit quelqu’un qui trouve certaines ignorances vraiment drôles.

Le pisteur Ba'Aka Henri pointant la canopée de la forêt de Dzanga-Sangha, expliquant les chants des oiseaux forestiers

Les Ba’Aka sont le peuple originel de la forêt de cette région — des chasseurs-cueilleurs qui ont vécu dans et autour de la forêt du bassin du Congo depuis bien avant les premières traces écrites des peuples bantouphones qui les entourent aujourd’hui. Leur relation avec la forêt n’est ni romantique ni jouée. Elle est fonctionnelle, intime et absolument spécifique. Un pisteur nommé Henri a passé une matinée à me faire parcourir la lisière de la réserve, et j’ai vite compris que je me déplaçais dans un paysage que je n’arrivais pas du tout à lire. Lui, si. Il s’est arrêté devant un arbre que j’avais déjà dépassé et a montré des marques dans l’écorce — un éléphant s’était frotté là, il y a trois jours, allant vers l’ouest. Il a mis l’oreille contre la forêt et en a séparé les couches sonores : le chant particulier d’un oiseau qui annonçait un ciel dégagé avant midi, un motif de bruissements qui indiquait une petite antilope, pas une grande. Le savoir était extraordinaire et totalement intraduisible en quoi que ce soit que j’aurais pu noter.

Le soir, s’il y a une cérémonie, on entend le chant polyphonique du village Ba’Aka avant de voir la moindre lumière. C’est différent de toute musique chorale que j’ai rencontrée — des voix qui s’entrelacent d’une façon qui semble improvisée et ne l’est probablement pas, créant des harmoniques qui ressemblent moins à de la musique qu’à la forêt qui se chante à elle-même. C’est une forme de patrimoine culturel immatériel classé par l’UNESCO, mais debout là dans l’obscurité avec la Sangha audible à travers les arbres, cette catégorisation semblait complètement hors de propos.

Des femmes Ba'Aka chantant au crépuscule aux abords de Bayanga, la lueur du feu sur leurs visages, la forêt s'élevant derrière elles

Bayanga lui-même est assez petit pour être parcouru en une heure. Il y a un marché qui se remplit certains jours, vendant du poisson séché, des fruits de la forêt, du vin de palme et le type de marchandises qui voyagent loin pour atteindre les petits endroits — savon, crédit téléphonique, piles. Le bureau de la réserve de Dzanga-Sangha est ici, et le personnel qui y travaille est compétent et sincèrement investi dans ce qui arrive à la forêt. Permis pour Dzanga Bai, pour le suivi des gorilles, pour les promenades accompagnées par des pisteurs Ba’Aka — tout se règle ici, et tout mérite les formalités.

Quand y aller : De décembre à mars offre un accès en saison sèche avec les routes les plus carrossables et l’activité faunique la plus prévisible. Cela dit, le caractère essentiel de Bayanga — la forêt, les Ba’Aka, la Sangha — ne change pas avec les pluies, et la saison des pluies a ses propres récompenses en densité d’oiseaux et en intensité de verdure.