Le front fluvial de Bangui le long de l'Oubangui au crépuscule, pirogues au premier plan et la faible ligne d'horizon de la ville éclairée en orange
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Bangui

"Le Grand Marché ne joue pas la comédie pour les visiteurs — il les ignore complètement, ce qui est sa plus grande qualité."

Je suis arrivé à Bangui par le sud, en longeant la route fluviale où l’Oubangui coule large, brun et d’un calme impossible face au bruit de la ville qui se réveille. La RDC est visible depuis le front fluvial — une fine ligne verte de forêt sur la rive opposée, suffisamment proche pour qu’on aperçoive des lumières vaciller la nuit. Bangui est de ces capitales qui n’offrent aucune zone tampon entre l’arrivée et l’immersion. On y est immédiatement. La ville n’a aucune envie de ménager qui que ce soit.

Le Grand Marché un mardi matin vaut n’importe quel réveil matinal. J’y étais à sept heures et il tournait déjà à plein régime : des pyramides de poissons fumés empilées sur des tables en bois, l’odeur vous frappant avant même de les voir. Des feuilles de manioc vendues en bottes, du vin de palme dans des bidons en plastique recyclés avec des étiquettes manuscrites, de brillants tas orange d’huile de palme dans des seaux ouverts. Le bruit est total — discussions, rires, le marchandage aigu de femmes en pagne imprimé qui connaissent le prix de tout et ne s’intéressent pas au théâtre de la négociation. Un vendeur m’a mis dans la main un gobelet en plastique de vin de palme avant que je comprenne ce qui se passait. Ça goûtait sucré et légèrement fermenté, il était sept heures du matin et j’ai tout bu.

Des vendeuses du Grand Marché de Bangui avec des pyramides de poissons fumés et du manioc sous des bâches colorées

La nourriture à Bangui a la qualité directe et sans compromis des choses cultivées et pêchées à proximité. À une table en bois derrière le marché, j’ai mangé du foufou — dense, collant, exigeant de la concentration — avec un ragoût d’arachides aux couches de saveurs que je n’arrêtais pas d’essayer de déchiffrer : quelque chose de fumé en dessous, quelque chose de piquant au-dessus, une douceur de l’arachide qui le rendait presque réconfortant malgré la chaleur. Un poisson-chat grillé de l’Oubangui est apparu plus tard, effiloché avec les mains, mangé avec les doigts comme me le montrait l’homme à côté de moi sans qu’on le lui demande. Bangui vous nourrit avant de s’expliquer.

Le fleuve en fin d’après-midi prend une qualité de lumière particulière. J’ai marché jusqu’au front fluvial près de l’ancien port et je me suis assis sur un rebord en béton pendant que des pirogues se déplaçaient lentement sur l’eau, en silhouette contre le ciel orange. Sur la rive opposée — la RDC — rien ne bougeait. La frontière ici ressemble moins à une ligne sur une carte qu’à une vieille cicatrice, présente et visible mais qui ne saigne plus. La cathédrale Notre-Dame derrière moi projette une ombre sur la route du bord de fleuve. Des enfants y jouaient au football.

L'Oubangui au crépuscule depuis le front fluvial de Bangui, pirogues en silhouette sur l'eau orange

La ville a des couches qui prennent du temps à se révéler. Le Boulevard des Martyrs traverse le centre avec ses trottoirs défoncés et les moto-taxis — zémidjans — zigzaguant entre les piétons avec une assurance qui suggère qu’ils savent exactement de quel espace ils ont besoin. L’infrastructure construite par les Chinois côtoie des bâtiments coloniaux français, désormais reconvertis d’une façon qui déconcerterait les architectes d’origine. Bangui ne prétend pas être ce qu’elle n’est pas. C’est une ville d’environ un million d’habitants, dont la plupart sont occupés à vivre, et l’énergie qui émane de ce simple fait est plus intéressante que n’importe quoi qu’on pourrait appeler une attraction.

Quand y aller : De décembre à février, c’est la saison sèche, quand les routes qui partent de Bangui sont au mieux de leur praticabilité. La ville elle-même fonctionne toute l’année, et le Grand Marché a la même intensité sous la pluie. Évitez d’arriver pendant des tensions politiques — consultez les avis de sécurité actualisés avant de voyager.