Rocky coastline at Roses, Catalonia, with lush Mediterranean scrub tumbling down to clear turquoise water

Europe

Catalogne

"La Catalogne ne demande pas à être comprise. Elle refuse simplement d'être ignorée."

La première chose que j’ai remarquée en arrivant en Catalogne depuis le côté français, c’est la rapidité avec laquelle le paysage a cessé de s’excuser d’exister. Les Pyrénées ne s’estompent pas doucement vers l’Espagne — elles s’arrêtent, brutalement, et c’est alors la côte qui prend le relais. Je suis arrivé en train par Portbou, le vieux bourg frontalier, et au moment où nous atteignions la Costa Brava j’avais renoncé à lire et me contentais de regarder par la fenêtre comme un touriste. Ce que j’étais, après tout. Mais la Catalogne a cette façon de vous faire sentir que vous êtes arrivé quelque part qui compte vraiment.

Barcelone est le point d’entrée évident et elle mérite sa réputation, même si ce n’est pas toujours pour les raisons que l’on croit. J’ai fait la Sagrada Família deux fois, et je la referai — Gaudí évoluait dans une dimension complètement différente de tous ses contemporains. Mais la Barcelone dont je me souviens le mieux, c’est celle de sept heures du matin : la Boqueria avant l’arrivée des groupes, un verre de cava au comptoir de zinc dans l’Born, l’odeur des anchois et du café mêlés d’une façon qui ne devrait pas fonctionner mais qui fonctionne. Le soir, le quartier de la Barceloneta se remplit de cette douceur méditerranéenne particulière — des locaux qui dînent tard, des enfants qui courent entre les tables, personne qui consulte son téléphone. J’y ai mangé une fideuà dont je parle encore.

Loin de la capitale, la Catalogne révèle un entêtement plus discret. La ville médiévale de Besalú, son pont roman intact depuis le XIIe siècle, était quasi déserte un mardi de mai. Le Triangle Dalí — Figueres, Cadaqués, Púbol — cartographie les obsessions d’un génie sur un paysage qui semble appeler au surréalisme : ces formations rocheuses blanches et escarpées au Cap de Creus ressemblent à des tableaux, ce qu’elles sont littéralement. Et la Costa Brava au nord, loin des foules estivales des stations balnéaires, abrite encore des criques accessibles à pied où l’eau est d’une clarté qui vous donne presque mauvaise conscience de vous y baigner.

Quand y aller : Mai, juin ou septembre. La chaleur estivale reste supportable sur la côte, mais les foules d’août ne le sont pas. En mai, des fleurs sauvages couvrent les contreforts pyrénéens et les plages sont désertes. En septembre, l’eau est encore chaude, l’hébergement moins cher et les Catalans visiblement soulagés que le pic touristique soit passé.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Catalogne comme un voyage à Barcelone avec une excursion d’une journée à Montserrat en prime. La vraie texture de la région est dans l’intérieur — le paysage volcanique autour d’Olot, les villages médiévaux de la Garrotxa, les vignobles du Penedès où l’on fait du cava depuis bien avant que le champagne soit à la mode. Barcelone est un point de départ, pas une destination.