Les aiguilles dentelées de basalte sombre du Cerro Castillo couronnées de neige s'élevant au-dessus d'une lagune glaciaire turquoise et de pentes d'éboulis en Patagonie chilienne.
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Parc national Cerro Castillo

"Les gens chuchotent que c'est le prochain Torres del Paine, ce qui est précisément pourquoi j'y suis allé maintenant."

En descendant vers le sud sur la Carretera Austral depuis Coyhaique, on gravit une série de lacets et la route vous livre alors, sans prévenir, à un belvédère d’où toute la couronne dentelée du Cerro Castillo se dresse de l’autre côté de la vallée. Il porte le nom du château, et le nom n’est pas exagéré : une longue crête de tours de basalte sombre, crénelées et brisées, avec de la neige prise dans les fissures et un glacier suspendu sous le sommet comme une douve gelée. J’ai vu beaucoup de pics patagoniens désormais. Celui-ci m’a fait poser mon café.

La montagne que tout le monde s’apprête à découvrir

Pendant des années, le Cerro Castillo a été le secret du trekkeur sérieux : une traversée de quatre jours à travers l’un des paysages les plus spectaculaires du Chili, avec une fraction du passage qui use les sentiers de Torres del Paine. Cela change. Le gouvernement chilien l’a intégré au réseau des nouveaux parcs de Patagonie, et le bouche-à-oreille se répand. Nous avons fait la longue randonnée d’une journée jusqu’à la Laguna Cerro Castillo, le lac d’un turquoise laiteux qui repose juste sous les aiguilles, et même sur cet itinéraire plus accessible nous n’avons croisé qu’une poignée d’autres personnes de toute la journée.

Des randonneurs au repos au bord d'une lagune glaciaire turquoise juste en dessous des tours de basalte striées de neige du Cerro Castillo.

La montée est un travail honnête : une ascension régulière à travers la forêt de lenga, puis en traversant des éboulis instables où le vent vous trouve et ne vous lâche plus. Lia a gardé sa capuche serrée tout le long de la montée. Mais la lagune au sommet est l’une de ces récompenses qui vous réarrangent le visage : l’eau d’un turquoise opaque impossible à cause du limon glaciaire, les aiguilles s’élevant droit depuis la rive opposée, la glace se détachant du glacier suspendu de temps à autre avec un bruit d’artillerie lointaine. Nous avons déjeuné le dos contre un rocher pour nous abriter et n’avons pas dit grand-chose.

Le village et les mains sur la roche

Le petit bourg de Villa Cerro Castillo au pied de la cordillère est ce genre d’établissement patagonien poussiéreux et battu par le vent que j’ai fini par aimer : une seule rue principale, quelques pensions, une boutique qui vend de tout. Juste à sa sortie se trouve l’Alero de las Manos, un surplomb rocheux peint de mains humaines par des gens qui vivaient ici il y a plusieurs milliers d’années. Je me suis planté devant ces paumes rouges au pochoir avec le grand château de pierre s’élevant derrière moi et j’ai ressenti le vertige habituel du temps profond.

Un abri rocheux près de Villa Cerro Castillo avec d'anciens pochoirs de mains rouges peints sur la paroi de pierre.

La femme qui tenait notre pension nous a préparé des sopaipillas et nous a raconté que les bus passant par le village avaient doublé en deux ans. Elle ne semblait pas sûre de devoir s’en réjouir. J’ai parfaitement compris cette ambivalence.

Comment l’aborder

La traversée complète de quatre jours exige de réserver les campements à l’avance auprès de la CONAF et une vraie tolérance au climat patagonien, qui peut passer du soleil au grésil horizontal en une heure. La randonnée d’une journée jusqu’à la lagune est réalisable pour des marcheurs en forme, mais reste longue et exposée : partez tôt, emportez des couches et une protection contre le vent, et consultez les prévisions en sachant qu’elles peuvent quand même vous mentir.

Quand y aller : de décembre à mars, c’est la fenêtre de trek, avec les journées les plus longues et les conditions les plus stables. Même alors, ne comptez jamais sur un matin bleu pour durer ; la montagne fabrique sa propre météo.