Sentier de planches serpentant à travers le marais du parc national de la Pointe-Pelée avec des roseaux de chaque côté
← Canada

Point Pelee

"Restez debout à la pointe assez longtemps et vous réalisez que vous êtes exactement au bord sud d'un pays tout entier."

Le point le plus au sud du Canada continental, une pointe marécageuse s'avançant dans le lac Érié qui devient, deux fois par an, l'un des grands goulots d'étranglement migratoires du continent pour les oiseaux et les papillons.

J’ai marché jusqu’à la pointe extrême de Point Pelee par une fraîche matinée de mai, la flèche de sable se rétrécissant jusqu’à n’être guère plus large qu’un sentier, de l’eau des deux côtés, et je me suis arrêté là où un petit panneau la désigne comme le point le plus méridional du Canada continental — plus au sud, en fait, que la frontière nord de la Californie. C’est un fait étrange et un peu vertigineux à intégrer, cette aiguille de terre s’avançant dans le lac Érié à la même latitude que le nord de la Californie, et cela explique presque tout ce qui rend ce parc si important pour les naturalistes.

Cette position méridionale, combinée à la forme de la péninsule qui canalise les animaux migrateurs vers sa pointe, transforme Point Pelee en l’un des grands goulots d’étranglement naturels d’Amérique du Nord. Les ornithologues affluent par milliers chaque mois de mai pour ce qu’on appelle simplement « la migration de Point Pelee », lorsque le parc se trouve directement sur une voie de migration majeure et que des passereaux épuisés, venant tout juste de traverser le lac Érié, s’abattent dans les arbres du parc dans un phénomène que les habitants appellent une « chute » — parfois des centaines d’oiseaux par arbre, des parulines surtout, refaisant le plein d’énergie avant de continuer vers le nord.

Le sentier de planches du marais

L’essentiel de l’intérieur du parc est un marais, et un long sentier de planches serpente entre les quenouilles et l’eau libre, où des hérons se tiennent immobiles et des tortues s’alignent sur des troncs à demi submergés. Je l’ai parcouru à l’aube pendant la saison de migration, les jumelles à peu près inutiles la moitié du temps tant il y avait de mouvement à suivre, des parulines voletant entre les roseaux dans des couleurs que je n’attendais pas d’un marais canadien — châtain, or, un bleu saisissant. Le sentier de planches permet de garder les pieds au sec dans ce qui serait autrement une zone humide infranchissable, et c’est l’une des meilleures infrastructures naturelles que j’aie parcourues au Canada.

Sentier de planches en bois traversant un dense marais de quenouilles au parc national de la Pointe-Pelée

Les monarques

L’autre migration, en septembre, appartient aux papillons monarques. La pointe de Point Pelee est un lieu de rassemblement où les monarques se regroupent par milliers avant de tenter la traversée en eau libre du lac Érié, sur leur route vers leurs quartiers d’hiver au Mexique, et par une bonne journée, les arbres de la pointe en sont véritablement couverts, les branches s’affaissant légèrement sous le poids des ailes orange repliées. Je me trouvais là précisément le bon après-midi de fin septembre, une brise légère faisant frémir un cèdre absolument recouvert de monarques, et ce fut l’un des spectacles naturels les plus discrètement bouleversants qu’il m’ait été donné de voir, et ce, au bord d’un parking canadien.

Groupe de papillons monarques orange et noir se reposant sur des branches d'arbre à Point Pelee

Quand y aller : début à mi-mai pour le pic de migration des passereaux et les fameuses chutes d’oiseaux ; mi à fin septembre pour le rassemblement des papillons monarques, quand les conditions sont assez calmes pour que la traversée puisse commencer.