Pelee Island
"Plus au sud que certaines parties de la Californie, et accessible seulement par un traversier qui, parfois, décide tout simplement de ne pas circuler."
Le point habité le plus au sud du Canada, une île du lac Érié accessible seulement en traversier, où les oiseaux migrateurs envahissent le rivage chaque printemps et où la vigne pousse dans un sol plus chaud que partout ailleurs au pays.
Le traversier depuis Leamington a pris environ quatre-vingt-dix minutes pour traverser le lac Érié, et la femme au guichet m’a prévenu, sans grande cérémonie, que la traversée retour est annulée quelques fois par saison quand le vent se lève. Voilà l’île Pelee résumée en une phrase : une île qui suit son propre horaire, située au point habité le plus au sud du Canada, plus au sud, véritablement, que la pointe nord de la Californie. Elle ne ressemble en rien au Canada des cartes postales — plate, chaude, agricole, bordée de marais et de plages plutôt que de granite et de pins.
J’y suis venu en mai spécifiquement pour les oiseaux. L’île Pelee et la péninsule voisine de Point Pelee se trouvent directement sur une importante voie de migration, et chaque printemps l’île devient un point d’entonnoir où parulines, orioles et piranga s’entassent après avoir traversé le lac, épuisés, se laissant tomber dans les premiers arbres venus. Je me suis tenu dans un bosquet près de la réserve naturelle de l’île, jumelles empruntées à mon hôte de gîte, et j’ai compté onze espèces de parulines en moins d’une heure, les ornithologues autour de moi murmurant des noms d’espèces comme un langage privé que j’apprenais peu à peu.

Les ruines de Vin Villa
L’autre surprise de l’île, c’est le vin. Le sol de Pelee et son microclimat tempéré par le lac en font l’une des plus anciennes régions viticoles du Canada, plus ancienne que ne le laisserait penser la réputation de la péninsule du Niagara, et les ruines de Vin Villa — un domaine viticole des années 1860, aujourd’hui des murs de pierre sans toit envahis de vignes et de raisin sauvage — se dressent sur un promontoire au-dessus de l’eau comme une folie construite exprès. Je m’y suis assis au coucher du soleil avec un verre venu de l’un des vignobles en activité de l’île, regardant des cargos traverser l’horizon vers le canal Welland, et je me suis senti complètement déconnecté du reste de l’Ontario, plus proche en esprit d’une île tranquille de la Méditerranée que de tout ce que j’associe au Canada.

Quand y aller : Début à mi-mai pour le pic de migration des oiseaux chanteurs. De juin à septembre pour les plages, le vélo et les vignobles à leur plus détendu. Vérifiez les horaires du traversier avant de vous engager sur un itinéraire serré — la traversée dépend vraiment de la météo.