Parc national Elk Island
"C'est le seul parc national du Canada entièrement clôturé, et curieusement cela rend la nature sauvage à l'intérieur plus concentrée, pas moins."
Une île clôturée de prairie et de parc à trembles à l'est d'Edmonton, où des troupeaux de bisons en liberté, sauvés de l'extinction, font encore trembler le sol quand ils courent.
J’ai failli manquer la sortie sur la route 16 à l’est d’Edmonton, ce qui en dit long sur le côté discret d’Elk Island depuis la route. Pas de montagnes, pas de glacier, juste un parc à trembles vallonné et un panneau vous avertissant de faire attention aux bisons qui traversent. Vingt minutes plus tard, j’étais arrêté au milieu de la route, moteur coupé, à regarder un mâle de la taille d’une petite voiture traverser la chaussée avec la confiance nonchalante d’un animal qui sait qu’il n’a plus aucun prédateur naturel à craindre. Mes instincts français de conducteur hurlaient de klaxonner. Chaque fibre de mon instinct de survie disait de ne pas le faire.
Ce qui m’a conquis, pourtant, ce n’était pas les bisons — c’était le silence. Elk Island est véritablement clôturé, tout le périmètre du parc, ce qui semble presque embarrassant jusqu’à ce qu’on apprenne pourquoi : cette poche de prairie est devenue l’un des derniers refuges pour les bisons des plaines et les bisons des bois quand les deux sous-espèces ont été poussées au bord de l’extinction au début des années 1900. Des troupeaux venus d’ici ont depuis été expédiés pour repeupler des populations à travers le continent, y compris des animaux qui ont finalement aidé à repeupler Yellowstone. On se tient là, dans un endroit qui a discrètement reconstruit une espèce.

Pays des castors et ciels sombres
Au-delà des bisons, Elk Island est un pays de castors d’une façon que je n’avais pas anticipée. Le parc se trouve à la lisière de la forêt boréale et ses nombreux lacs sont parsemés de huttes — le seul lac Astotin a tellement d’activité de castors que les panneaux d’interprétation s’excusent presque pour les sentiers inondés. Un soir, j’ai fait du canoë et j’ai regardé un castor tracter une branche deux fois plus grande que lui à travers une eau devenue rose au coucher du soleil, totalement indifférent à ma pagaie à quelques mètres de lui.
Ce même soir, je suis resté assez tard pour comprendre pourquoi Elk Island est aussi une réserve de ciel étoilé certifiée, l’une des premières au monde. Avec la lueur d’Edmonton théoriquement toute proche, je m’attendais à un ciel délavé. Au lieu de cela, la Voie lactée est apparue épaisse et granuleuse, et un ou deux satellites ont traversé le ciel avant que je n’abandonne l’idée d’identifier des constellations et que je me contente de m’allonger sur le capot de la voiture.

Un petit parc avec une mission démesurée
Avec moins de 200 kilomètres carrés, Elk Island est modeste selon les standards canadiens des parcs — on pourrait le traverser à pied en un après-midi si les bisons le permettaient. Mais cette échelle est exactement le propos. Tout ici est proche, dense et délibéré : bisons des plaines au sud, bisons des bois au nord, wapitis se déplaçant à travers les trembles en nombre suffisant pour avoir donné son nom au parc bien avant que le retour des bisons ne devienne la vedette. On avait moins l’impression d’une échappée sauvage que d’un sanctuaire en activité, qui se trouve permettre de le traverser en voiture.
Quand y aller : de fin mai à septembre pour la meilleure observation de la faune et le canoë, même si septembre apporte le rut des bisons et un vrai spectacle de mâles beuglants. Les nuits d’hiver claires sont imbattables pour l’observation des étoiles, si le froid ne vous dérange pas.