Douala
"Douala n'est pas une belle ville. C'est une ville vitale — il y a une différence."
Je suis arrivé pendant l’harmattan, quand l’air de Douala porte une fine brume brune soufflée du Sahara et que la lumière a une qualité laiteuse et diffuse qui donne à tout un aspect à la fois cinématographique et épuisé. Le taxi depuis l’aéroport avançait dans une circulation qui semblait fonctionner selon une logique tout à fait propre : des motos se faufilant entre les camions, des vendeurs se matérialisant entre les voies avec des chargeurs de téléphone et de l’eau fraîche, le chauffeur naviguant à l’instinct tout en parlant sur deux téléphones à la fois. Le temps qu’on traverse le Boulevard de la Liberté, j’avais compris que Douala n’est pas une ville qui vous accueille en douceur. Elle s’ouvre d’un coup, et soit on se laisse emporter, soit on reste sur le trottoir à la regarder passer.

La ville est établie à l’embouchure de l’estuaire du Wouri, et le fleuve est tout ici : la raison d’être de la ville, le moteur du port qui traite la plupart des importations camerounaises, la chose que l’on sent avant de la voir quand on marche vers le front de mer à marée basse. J’ai passé une matinée au Marché Central, où la section poissons à elle seule est un exploit de chaos organisé : du capitaine sur glace à côté de crevettes séchées en pyramides, des femmes décortiquant des cacahuètes avec une efficacité mécanique acquise depuis l’enfance. J’ai mangé du poisson braisé chez une femme qui avait installé son gril sous un auvent de tôle ondulée — du barracuda noirci sur les bords, servi avec du miondo, ces épais rouleaux de manioc, et un piment vert qui m’a décongestionné les sinus avant même que j’aie avalé la première bouchée. Elle m’a regardé me battre avec le piquant sans la moindre sympathie apparente et m’a tendu une autre serviette.
Ce que la ville manque en monuments, elle le compense en texture culturelle. Le quartier d’Akwa est le cœur commercial et social de Douala, un dense réseau de rues où des boutiques d’électronique et des étals de tissu partagent des murs avec des églises évangéliques et des supermarchés libanais. Le proche quartier administratif de Bonanjo abrite des bâtiments coloniaux français à divers stades de délabrement pittoresque : de grandes façades aux volets fermés, des cours que la bougainvillée reconquiert lentement. Le soir, les bars à makossa le long du front de mer s’emplissent de musique enregistrée et parfois de musiciens en direct. Le style de danse est fluide, les hanches en avant, d’une apparente facilité, et voir quelqu’un le faire correctement m’a rappelé que le Cameroun a exporté cet art particulier vers le reste du continent et du monde à travers des artistes comme Manu Dibango et Richard Bona, ce qui n’est pas rien.

Le ndolé que j’ai mangé dans un restaurant de quartier le deuxième soir m’est resté bien après mon départ. Le plat — feuille amère mijotée lentement avec des cacahuètes moulues et de la viande ou des crevettes — a une profondeur qui demande plusieurs bouchées à pleinement déchiffrer : amer, riche, légèrement terreux, les cacahuètes jouant un rôle d’épaississant plutôt que de saveur dominante. C’est le genre de nourriture qui résiste à la simplification, qui prend du temps, qu’il faut manger lentement avec quelqu’un qui la connaît assez pour expliquer ce qu’on est en train de goûter. Douala est un peu comme ça : pas immédiatement lisible, pas conventionnellement belle, mais construite sur des couches qui récompensent la patience de s’y attarder.
Quand y aller : Le climat de Douala est côtier et humide toute l’année, mais novembre à février est plus sec et plus supportable pour parcourir les quartiers à pied et manger dehors. Les pluies culminent entre juin et octobre et peuvent être véritablement implacables — pas les averses tropicales de fin d’après-midi, mais des déluges de plusieurs heures qui font des rues des rivières. La ville fonctionne quelle que soit la saison, mais si vous avez le choix, arrivez pendant les mois secs.