La Grande Mosquée de Bobo-Dioulasso s'élevant dans son banco pâle de style soudano-sahélien, ses épis de bois perçant un ciel bleu limpide
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Bobo-Dioulasso

"Bobo vibre à une fréquence différente d'Ouaga — plus calme, plus humide, plus elle-même."

Le bus depuis Ouagadougou prend cinq ou six heures selon le nombre d’arrêts, et aux alentours de la troisième heure le paysage change. La brousse plate et rougeâtre du plateau central s’adoucit, les arbres grandissent et gardent plus de feuilles, et quand le bus entre enfin dans Bobo-Dioulasso l’air qui entre par la fenêtre porte de l’humidité. Après la capitale sèche comme l’harmattan, cela paraît presque offensant de luxuriance. Bobo — comme tout le monde l’appelle sans exception — est installée dans le sud-ouest, près de la Comoé, dans une partie du pays qui appartient climatiquement davantage à la zone soudanienne qu’au Sahel, et la différence s’inscrit dans la peau dès la première heure.

La ville est plus petite et plus calme qu’Ouaga, et elle porte son âge de façon plus visible. Dans le vieux quartier de Dioulassoba, les rues se rétrécissent et se courbent selon des tracés antérieurs à tout urbanisme, et la Grande Mosquée de Dioulassoba — construite en banco dans le style soudano-sahélien, ses bois de toron sortant définitivement des murs comme des épingles dans un coussin — s’élève du quartier avec une gravité que je n’attendais pas. J’avais vu des photographies, mais les photographies ne transmettent pas le poids de la chose. Elle a été bâtie en 1880 sur l’emplacement d’une structure plus ancienne et entretenue en continu depuis lors, le banco réenduit chaque année après les pluies. Cet entretien n’est pas de la conservation au sens archivistique — c’est une pratique vivante, inscrite dans l’usage quotidien de la mosquée.

La Grande Mosquée de Dioulassoba s'élevant sur le vieux quartier, ses murs en banco et ses bois de toron captant la lumière de l'après-midi

Le vieux quartier s’étend à partir de la mosquée en un dédale de concessions aux murs d’argile. Les maisons obéissent ici à une logique spatiale bobo traditionnelle : hauts murs extérieurs, cour intérieure où se passe la vraie vie, cuisine contre le mur orienté au sud. Au cours d’une promenade en fin d’après-midi, je suis tombé sur un vieil homme réparant un harnais en cuir à l’ombre d’un neem, une femme pilant le mil dans un mortier en bois poli par des décennies d’usage, deux enfants jouant aux cailloux dans la poussière. Personne ne jouait un rôle pour personne. J’étais l’étranger ici, et on me traitait avec la curiosité bienveillante qu’on réserve à celui qui a le bon sens de marcher lentement et de ne pas braquer son appareil photo sur tout.

Le marché aux poissons, près du marigot — le cours d’eau saisonnier qui traverse le quartier bas — fonctionne le matin et sent exactement ce qu’on imaginerait : fort, vital et vivant. Du capitaine et du tilapia arrivent frais de la Comoé et de ses affluents, et le poisson grillé qu’on mange le soir au bord de l’eau, avec de l’attiéké et une petite assiette d’oignon cru et de piment, a le goût de ce vers quoi toute la journée vous conduisait.

Capitaine grillé servi avec de l'attiéké dans un restaurant en bord de rivière près de Bobo-Dioulasso, la Comoé visible à travers les arbres

Les soirées à Bobo ont leur propre rythme. Les guinguettes — bars en plein air sous des voûtes de manguiers ou de neems — se remplissent d’un échantillon transversal de la ville : fonctionnaires et mécaniciens de moto et étudiants de l’université et femmes vendant des coupons de tissu qui ont fini leur journée. Quelqu’un met de la musique, en général quelque chose de malien ou d’ivoirien avec une basse qui traverse la route. Une bouteille de Flag froide transpire dans la main. Un homme à la table voisine vous offre une portion de ses brochettes sans explication, vous la prenez sans cérémonie, et la conversation qui suit dure trois heures et couvre des sujets que ni l’un ni l’autre n’avait prévu d’aborder. C’est le plaisir spécifique que Bobo offre : c’est une ville qui vous ralentit jusqu’à ce que vous cessiez de résister, et alors le temps commence à s’écouler à la bonne vitesse.

Quand y aller : Novembre à mars, Bobo est à son meilleur — chaude mais pas brutale, et les bâtiments en terre du vieux quartier se photographient magnifiquement dans la lumière de saison sèche. Évitez mai à août quand les pluies rendent les pistes en latérite hors de la ville difficiles et que l’humidité devient enveloppante.