Vignes de pinot noir en or d'automne sur le coteau de Gevrey-Chambertin avec les toits du village au-delà
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Gevrey-Chambertin

"Neuf vignobles grands crus dans une seule commune. Les villageois passent devant chaque jour sans lever les yeux, ce que je trouve presque émouvant."

La route vers Gevrey-Chambertin est étroite et sans relief particulier et traverse des vignes qui sont, selon la parcelle, parmi les terres agricoles les plus précieuses du monde. C’est l’extrémité nord de la Côte de Nuits, et le calcaire et l’argile ici produisent une version du pinot noir qui a fait pleurer des adultes et conduit des collectionneurs à l’absurde. Je l’ai conduite lentement, ce qui a agacé les locaux derrière moi. Je me suis arrêté pour regarder. Je suis remonté. Je me suis arrêté de nouveau.

Le village lui-même est petit — peut-être trois mille habitants — et possède cette qualité légèrement recueillie d’un endroit qui sait qu’il est assis sur quelque chose d’extraordinaire sans avoir besoin de jouer l’enthousiasme à ce sujet. Le château au centre du village, construit au Xe siècle et propriété pendant des siècles des abbés de Cluny, est compact et sombre et accessible, bien que ce que vous cherchez vraiment ici soient les domaines dispersés dans les rues. La plupart des producteurs renommés — Rossignol-Trapet, Denis Mortet, Harmand-Geoffroy — ont leurs installations vinificatrices intégrées dans le tissu du village : une porte dans un mur de pierre, un discret panneau, une sonnette que l’on appuie puis on attend. On entre dans la ferme de travail de quelqu’un en dégustant ici, pas dans une boutique.

Le château médiéval de Gevrey-Chambertin au crépuscule, sa tour visible au-dessus des pentes couvertes de vignes

J’ai organisé une dégustation dans un petit domaine par l’intermédiaire d’une connaissance — je ne les nommerai pas parce que je ne veux pas leur compliquer la vie — et la vigneronne, une femme dans la quarantaine qui avait repris après son père une décennie plus tôt, a versé six vins dans une pièce qui sentait le bois de barrique et la pierre froide. Elle a parlé de la parcelle Chambertin — le favori de Napoléon, célébrément, bien qu’elle ne le mentionne que pour dire immédiatement que Napoléon ne connaissait pas grand-chose au vin — en termes de la composition argileuse spécifique, de la façon dont le coteau canalise l’air froid la nuit, des décisions sur le moment des vendanges. Elle était précise et d’un humour sec et ne pensait manifestement pas faire quoi que ce soit de remarquable. C’est l’équivalent vinique de regarder un grand artisan travailler : plus profondément ils connaissent leur sujet, moins de drame l’entoure.

Les neuf vignobles grands crus se situent juste en amont du village — Chambertin, Chambertin Clos de Bèze, Latricières-Chambertin, Mazis-Chambertin, Charmes-Chambertin, et quatre autres. On peut s’y promener. Je l’ai fait, par un après-midi de fin septembre quand les vignes viraient au rouge aux bords et que les vendangeurs étaient déjà passés sur une section. Les rangées vendangées ont une qualité de dépouillement — les feuilles encore vives mais le fruit parti. Je me suis arrêté à la limite entre le Chambertin et les vignobles en AC Bourgogne juste en dessous. D’un côté, des bouteilles coûtant des centaines d’euros ; de l’autre, des bouteilles à douze euros. Le sol m’a semblé identique, ce qui est le sujet, et aussi le mystère.

Rangées de vignes de pinot noir vendangées à Gevrey-Chambertin avec l'escarpement de la Côte de Nuits au-dessus

Gevrey-Chambertin n’est pas un village qui mange bien, ce par quoi j’entends qu’il y a peu de restaurants et que ceux qui existent servent une nourriture qui est correcte mais pas la raison pour laquelle on est là. La raison pour laquelle on est là, c’est le liquide. L’épicerie du village vend du pain et du fromage local et une petite sélection de bouteilles aux prix du domaine. C’est le bon dispositif pour le déjeuner.

Quand y aller : Les vendanges tombent à la mi ou fin septembre, variant selon les années. C’est le moment électrique : des équipes de vendangeurs dans les vignes avant l’aube, des tracteurs chargés de caisses en bois, l’air sentant la peau de raisin pressée. Mai est aussi excellent, quand les vignes sont en feuilles naissantes et que les foules sont minimales.