L'austère façade romane de pierre de l'abbaye de Fontenay nichée entre jardins soignés et collines boisées en Bourgogne
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Abbaye de Fontenay

"J'ai visité des cathédrales qui cherchaient à m'écraser. Fontenay fait l'inverse, et c'est celle à laquelle je continue de penser."

Après quelques jours en Bourgogne de nourriture riche et d’églises plus riches encore, Fontenay arrive comme un verre d’eau fraîche. L’abbaye se trouve au fond d’une étroite vallée boisée près de Montbard, bien à l’écart de la route des vins, et on y accède par une petite route à travers la forêt qui s’ouvre soudain sur une clairière de bâtiments de pierre pâle et de pelouses taillées. Lia et moi avions passé la matinée dans l’excès doré d’une basilique bourguignonne, et le contraste n’aurait pu être plus net : Fontenay est le plus ancien monastère cistercien encore debout en Europe, fondé en 1118 par Bernard de Clairvaux, et tout l’enjeu des cisterciens était de ne rien posséder, de bâtir sobrement et de laisser Dieu faire la décoration.

La beauté par soustraction

L’église, consacrée en 1147, en est l’expression la plus pure dans laquelle je me sois jamais tenu. Pas de vitraux, pas de dorures, pas de saints peints — seulement de la pierre couleur de miel, une proportion romane parfaite, et de la lumière. Les cisterciens interdisaient les tours, la sculpture et la couleur comme autant de distractions, et ce qui reste quand on retire tout cela se révèle bouleversant dans un registre tout autre : une longue nef en berceau si calme et si exactement proportionnée que baisser la voix se produit sans aucune décision de votre part. Nous sommes restés au fond un long moment et ni l’un ni l’autre n’a rien dit, ce qui semblait la réponse juste et aussi, je le soupçonne, exactement celle que les bâtisseurs avaient voulue.

Attenant à l’église court le cloître, quatre galeries couvertes de colonnes jumelées autour d’un carré d’herbe, et c’est le cœur du lieu. La lumière s’y déplace au fil de la journée, la pierre garde la fraîcheur, et l’on peut s’asseoir sur le muret et regarder une idée vieille de mille ans sur la manière de vivre rester là, tout simplement, à être persuasive. Le dortoir des moines au-dessus, une vaste salle sous une magnifique charpente de chêne, couchait toute la communauté à même le sol nu. Les cisterciens ne croyaient pas au confort, et j’avoue qu’une heure dans leur abbaye a rendu mon propre attachement à celui-ci légèrement embarrassant.

Le cloître roman de Fontenay, colonnes de pierre jumelées entourant un carré d'herbe dans la fraîche lumière du matin

Les moines qui forgeaient le fer

Ce qui m’a le plus surpris, c’est la forge. Les cisterciens n’étaient pas de simples contemplatifs ; c’étaient de formidables ingénieurs et hommes d’affaires, et la forge de Fontenay — une longue salle de pierre près d’un ruisseau détourné — est l’une des plus anciennes usines métallurgiques d’Europe. Les moines ont endigué le ruisseau et utilisé une roue hydraulique pour actionner un marteau, fondant le fer du minerai local à l’échelle industrielle huit cents ans avant que le mot industriel n’existe. Debout dans cette salle, à regarder le canal qui l’alimentait, j’ai dû réviser mon image des moines médiévaux comme des hommes purement de prière. C’étaient des gens qui priaient sept fois par jour et tenaient en plus une forge rentable, sans y voir la moindre contradiction.

Nous avons parcouru les jardins ensuite, qui sont à la française et ravissants et étaient la seule chose non bâtie par les moines — l’abbaye passa en mains privées après la Révolution, faillit être transformée en papeterie, et fut sauvée et restaurée au fil des générations par la famille qui la possède encore. Nous avons acheté du cidre à la boutique et l’avons bu sur un banc près du ruisseau qui faisait jadis tourner le marteau de la forge, et toute la vallée était silencieuse à l’exception de l’eau. C’est, je crois, le lieu le plus discrètement persuasif que j’aie vu en Bourgogne, et le seul qui m’ait donné envie de posséder moins.

L'intérieur de la forge médiévale de Fontenay, une longue salle de pierre avec le canal qui actionnait jadis un marteau hydraulique

Quand y aller : au printemps et au début de l’automne, quand les jardins sont au mieux et que la vallée est verte sans encore cuire. Arrivez à l’ouverture pour avoir l’église et le cloître à vous durant la première demi-heure — le silence est l’attraction principale, et il ne survit pas à un car de touristes.