Presqu'île de Crozon
"Pen-Hir un matin de novembre : juste moi, l'Atlantique, et le silence particulier d'un endroit qui se fiche de savoir si vous êtes là ou non."
La presqu’île de Crozon ne s’annonce pas. On traverse un paysage de petites fermes et de brise-vent de pins, par la ville de Crozon elle-même qui est tout à fait ordinaire, et puis soudain la route s’arrête et devant soi il n’y a que de l’air et l’océan Atlantique. Je me suis arrêté à la Pointe de Pen-Hir un matin de novembre quand le vent arrivait du sud-ouest avec assez de force pour qu’on s’y appuie, et j’ai regardé des falaises de grès qui tombaient à la verticale quarante mètres sur des rochers et de l’écume. Le Tas de Pois — une série de pitons marins surgissant de l’eau comme des dents brisées — était à moitié dissimulé par les embruns. Je suis resté là longtemps sans rien dire parce qu’il n’y avait rien d’utile à dire.

Le GR34 trace tout le périmètre de la presqu’île — environ quatre-vingt-dix kilomètres de marche si l’on fait le tout, passant devant des plages d’une couleur si improbable qu’elles semblent retouchées en photo. La Plage de la Palue sur la côte ouest est là où les vagues atlantiques arrivent le plus longues et les plus puissantes, et le jour où j’y suis descendu il y avait six surfeurs à l’eau et personne d’autre sur les deux kilomètres de sable. L’eau était couleur de jade froid. J’ai mangé un sandwich sur un rocher en regardant les séries arriver et en pensant à ce qu’il y avait comme distance jusqu’à la prochaine masse terrestre dans cette direction. La réponse, c’est la côte de Nouvelle-Écosse.
La Pointe des Espagnols à l’extrémité nord de la presqu’île domine la Rade de Brest — le vaste port naturel que la marine française utilise depuis des siècles, et dont l’étroite entrée est bordée d’une série de fortifications. L’histoire militaire y est en couches et étrange : des bunkers allemands à côté de forteresses Vauban françaises à côté de menhirs néolithiques, trois civilisations ayant indépendamment conclu que ce promontoire particulier valait la peine d’être défendu.

J’ai logé à Camaret-sur-Mer, le principal port de la presqu’île, dans une chambre au-dessus d’une crêperie. Camaret est le genre de port de pêche qui décline gracieusement depuis des décennies — quelques bateaux encore en activité, une plage parsemée de coques de vieux bateaux en bois laissés à se décomposer à la ligne de flottaison, une tour navale construite par Vauban en 1689 qui sert maintenant de musée. J’ai dîné dans un endroit près du port qui servait un homard grillé au beurre salé et du pain, rien d’autre, et c’était suffisant.
Quand y aller : Juin offre une longue lumière et les ajoncs en pleine floraison jaune. Septembre et octobre amènent moins de monde et le genre de temps dramatique qui rend les falaises les plus élémentaires. La randonnée est excellente toute l’année mais nécessite des vêtements imperméables adaptés quelle que soit la saison.