Concarneau
"La vente à la criée de Concarneau commence à six heures du matin — assistez-y une fois et vous ne regarderez plus jamais le rayon poisson d'un supermarché de la même façon."
Je me suis levé à cinq heures et demie pour la vente à la criée. Le ciel au-dessus du port était encore sombre, et l’odeur de gasoil et de saumure qui entrait par ma fenêtre ouverte s’était mêlée à ce que j’avais mangé au dîner d’une façon qui a rendu le lever plus facile qu’à l’habitude. La Criée se trouve au bord du port, et quand je suis arrivé les chalutiers déchargeaient déjà : des caisses de bars, de lottes, de langoustines, de seiches, de cabillauds, de soles, empilées sur des palettes sous les lumières fluorescentes tandis que les acheteurs circulaient avec leurs planchettes à pince, s’accroupissant parfois pour examiner des branchies ou presser un pouce contre le ventre d’un poisson. Le crieur travaillait vite. Les caisses disparaissaient avant que j’aie eu le temps d’enregistrer le prix.

La Ville Close — la vieille ville fortifiée sur son île de granit au milieu du port — est le trait le plus photographié de Concarneau, une fortification médiévale reliée au continent par un pont-levis large pour deux personnes marchant côte à côte. En été, les ruelles dans les murs se remplissent de touristes, et les boutiques vendent des biscuits bretons, des marinières et des cartes postales du phare. Je l’ai visitée un jour de semaine fin septembre quand les groupes scolaires étaient partis, et je l’ai trouvée presque vide : quelques restaurants qui se préparaient pour le déjeuner, un couple assis dehors d’un café, une femme qui balayait son seuil avec un balai qui semblait aussi vieux que les remparts. Les remparts qu’on peut longer offrent des vues sur le port et la flotte de chalutiers et, dans l’autre sens, sur l’eau ouverte jusqu’à la Forêt de Fouesnant.
Concarneau n’est pas une ville touristique qui a par hasard une industrie de la pêche — c’est l’inverse. La flotte thonière y était autrefois la plus grande de France, et bien que l’industrie se soit contractée, le port débarque encore plus de trente mille tonnes de poisson par an. L’odeur est dans le tissu du lieu : légèrement marine, légèrement métallique, pas désagréable. On s’y habitue en une heure, puis on arrête de la remarquer, et puis quand on part on remarque son absence.

J’ai mangé du thon à la plancha — thon frais, à peine cuit, avec une lichée de tapenade et un verre de Gros Plant — dans un petit restaurant quelques rues en retrait du front de port principal. Le patron avait grandi à Concarneau et avait la fierté concentrée de quelqu’un qui sait exactement ce que valent les ingrédients parce qu’il les a vus descendre du bateau ce matin-là. Il m’a suggéré de laisser tomber la mousse au chocolat et de prendre le kouign-amann à la place. Il avait raison.
Quand y aller : La vente à la criée mérite qu’on organise une visite autour d’elle — renseignez-vous sur les jours et horaires auprès de l’office de tourisme, car l’accès aux visiteurs est limité. La Fête des Filets Bleus, un festival de musique bretonne qui se tient en août, existe depuis 1905. Venez en septembre ou octobre pour la gastronomie sans la foule.