Falaises verdoyantes plongeant vers les eaux turquoises tranquilles de la Mer Noire près de Batoumi, en Géorgie, sous un ciel brumeux d'après-midi

Europe

Côte de la Mer Noire

"La Mer Noire sent l'histoire — herbes sauvages, sel, et quelque chose de plus vieux que le tourisme."

J’ai vu la Mer Noire pour la première fois depuis le fond d’une marshrutka qui cahotait le long de la côte géorgienne en direction de Batoumi, la vitre embuée par le souffle des autres. On a tourné un virage et elle était là — pas le bleu méditerranéen tranchant que j’attendais, mais quelque chose de plus trouble, plus olivâtre, plus vivant. Les falaises débordaient d’une végétation absurde : fougères, palmiers, rhododendrons emmêlés dans l’humidité. J’ai cru m’être trompé de route et avoir atterri en Asie du Sud-Est.

Batoumi est le point d’entrée évident et la ville mérite sa réputation — la vieille ville est vraiment belle si on ignore les tours de casino qui ont poussé sur le front de mer dans les années 2010. Mais c’est la côte plus au nord, vers l’Adjarie, qui m’attrape vraiment, là où la route se rétrécit, où les villages ont des noms que je n’arrive pas à prononcer, et où les pensions sont tenues par des femmes qui fabriquent la churchkhela à la main et vous proposent du vin maison avant même que vous ayez posé votre sac. J’ai passé une semaine à Kobuleti à manger uniquement ce qu’on mettait devant moi — du poisson frit, de la sauce prune tkemali, du pain de maïs appelé mchadi — et je n’ai jamais aussi bien mangé sur un littoral de ma vie.

La côte roumaine est une tout autre affaire. Mamaia est une bande de stations balnéaires qui existe pour faire oublier l’été aux adolescents d’Europe de l’Est. Évitez. Roulez vers le sud en direction des marges du Delta du Danube, ou vers le nord jusqu’à Vama Veche, où l’ambiance reste vaguement celle d’une commune de plage anarchiste des années 90, le vin est rude et les conversations s’étirent tard dans la nuit. Le littoral bulgare de la Mer Noire — Sozopol surtout, avec ses maisons en bois sur une péninsule rocheuse — récompense le voyageur lent. La ville se remplit en juillet et août, mais en mai ou septembre les pavés sont presque à soi, la mer reste assez chaude et la rakiya coûte presque rien.

Quand y aller : Mai–juin ou septembre–octobre. Juillet et août amènent une foule et une chaleur sérieuses en Roumanie et en Bulgarie. La côte adjare de Géorgie est plus pluvieuse qu’on ne le pense toute l’année — prenez des vêtements chauds quelle que soit la saison — mais de juin à début octobre, la baignade est vraiment agréable.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Mer Noire comme un substitut méditerranéen bon marché. Ce n’est pas le cas — et c’est tant mieux. L’eau est moins salée que la Méditerranée (les fleuves la diluent constamment), la culture des fruits de mer est distincte, les histoires s’y superposent autrement. Venez chercher ce qu’elle est vraiment : une mer intérieure entourée d’empires tombés, avec toute l’étrangeté que cela implique.