Moyen-Orient
Vallée de la Bekaa
"La vallée où Rome a bâti ses temples les plus extravagants et dont personne ne parle."
On arrive par les montagnes de l’Anti-Liban depuis Damas — ou depuis Beyrouth par le col de Dahr el-Baidar — et la Bekaa s’ouvre devant vous comme si quelqu’un tirait un rideau. Une plaine plate à mille mètres d’altitude, encadrée de deux côtés par des crêtes enneigées, des vignobles qui courent en lignes droites sous le soleil d’octobre, et au bord nord, impossible à confondre même à trente kilomètres, les colonnes de Baalbek. Six encore debout, chacune haute de vingt mètres, d’un temple à Jupiter qui fut le plus grand de l’Empire romain. Je suis resté là à essayer de calibrer l’échelle, et n’y arrivais pas. Les pierres de la fondation sont si grandes — trois d’entre elles ensemble appelées le Trilithon, chacune pesant plus de huit cents tonnes — que personne n’a jamais trouvé de réponse définitive sur la façon dont elles sont arrivées là. Baalbek n’est pas une ruine. C’est un argument sur ce dont les êtres humains sont capables quand ils décident que quelque chose mérite qu’on s’y attarde.
La vallée elle-même ne justifie pas sa réputation de danger. Zahle, la capitale régionale, est une ville chrétienne construite le long d’une gorge fluviale, célèbre dans tout le Liban pour son arak et ses restaurants de mezze empilés sur les flancs de collines au-dessus du ruisseau Bardaouni. J’ai mangé du kibbeh nayeh et du halloumi grillé et du pain plat sorti d’un four en argile, bu trois verres d’arak coupé à l’eau et aux glaçons, et payé presque rien. Les vignobles ici — Chateau Ksara, Massaya, Chateau Kefraya — produisent des vins qui n’auraient pas à rougir sur n’importe quelle table dans le monde. Ksara possède des caves creusées par des soldats romains, deux kilomètres de tunnel taillé dans la roche, et le Blanc de Blancs 2018 que j’y ai goûté aurait tenu la comparaison en Bourgogne. La Bekaa fait du vin depuis deux mille ans. Ça se sent.
Quand y aller : De fin septembre à début novembre est le moment idéal — saison des vendanges, lumière dorée, températures plus fraîches après la chaleur estivale et les vignobles à leur plus beau. Le printemps (avril à mai) convient également bien, avec des fleurs sauvages sur le fond de la vallée et des conditions agréables pour randonner dans les collines environnantes. Évitez juillet et août quand la chaleur sur le plateau est éprouvante.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent Baalbek comme une excursion d’une journée depuis Beyrouth, et rien de plus. La Bekaa mérite au moins deux nuits — une pour visiter Baalbek en fin d’après-midi quand les cars de touristes sont partis et que la lumière dore les colonnes, et une à Zahle pour boire de l’arak au bord de la rivière et parcourir la route des vins le lendemain matin. Les temples d’Anjar, une cité palatiale omeyyade du VIIIe siècle que la plupart des visiteurs ignorent complètement, se trouvent à trente minutes au sud et vous offrent une couche d’histoire entièrement différente en une heure. La Bekaa n’est pas un détour. C’est une destination.