Mittenwald
"Il y a un homme dans ce village dont les mains sentent en permanence le vernis, et il trouve ça parfaitement normal."
Je n’avais pas prévu que Mittenwald m’arrêterait comme il l’a fait. J’avais planifié une après-midi entre Garmisch et Innsbruck — un arrêt rapide pour voir les maisons peintes et continuer vers le sud. À la place, je suis resté deux nuits, et le deuxième matin j’ai regardé un luthier travailler pendant une heure et demie sans lui dire un mot, ce qu’il a semblé trouver tout à fait acceptable. Matthias — j’ai vu son nom sur la porte de l’atelier — était en train de sculpter les courbes intérieures du corps d’un violon avec un ciseau à bois, se penchant dans l’ouvrage avec une concentration si totale que le bruit de la rivière Loisach par la fenêtre et l’occasionnel touriste passant dans la rue n’arrivaient pas jusqu’à lui. L’atelier sentait les copeaux d’épicéa et l’huile de lin et quelque chose de résineux que je n’ai pas réussi à identifier, et la qualité de la lumière à travers les petites fenêtres était la lumière particulière et filtrée d’une salle d’artisan orientée au nord.
Mittenwald est une ville de lutherie depuis que Matthias Klotz est revenu de Crémone en 1684 et a établi la tradition qui opère encore aujourd’hui. Le Geigenbaumuseum — le Musée de la facture de violons — raconte cette histoire avec soin, avec des instruments à chaque stade de fabrication montés sur les murs et des outils usés par des générations d’utilisation derrière verre. Mais ce sont les ateliers en activité, plusieurs desquels on peut trouver en suivant son nez dans les rues plus calmes, qui rendent la visite réelle. L’artisanat n’est pas ici une pièce de musée. C’est la façon dont une partie de la ville gagne sa vie.

Le Lüftlmalerei sur les façades de Mittenwald est parmi les plus beaux de Bavière — plus densément concentré et plus élaborément conçu que ce qu’on trouve à Garmisch ou Oberammergau. La maison sur le Dekan-Karl-Platz que tout le monde photographie montre la vie de saint François sur trois étages, les personnages grandeur nature, la palette atténuée et terreuse d’une façon qui se lit comme de la confiance plutôt que de la décoloration. L’artiste qui a exécuté la plupart des peintures de la ville était un habitant du nom de Franz Karner, travaillant au milieu du XVIIIe siècle, et son style a une particularité — une façon de positionner les personnages qui leur donne du poids sans les alourdir — que l’on commence à reconnaître une fois qu’on a passé assez de temps dans la ville pour vraiment regarder.
Le massif du Karwendel se dresse directement au-dessus de Mittenwald avec une proximité qui semble presque agressive. Ce sont des montagnes calcaires, leurs faces d’un gris pâle et verticales, sans les profils arrondis des Alpes de l’Allgäu ni les pentes boisées du Werdenfelser Land. Depuis la rue principale de la vieille ville, le Karwendelspitze est si proche qu’on peut voir des pans de roche individuels, des champs de neige tenant encore en octobre dans les couloirs orientés au nord. J’ai pris la télécabine jusqu’à la gare supérieure de la Karwendelbahn à 2 244 mètres l’après-midi de mon deuxième jour, et j’ai marché pendant deux heures sur une crête que le guide décrit comme “modérée” à la façon dont les guides décrivant les itinéraires alpins utilisent “modéré” — c’est-à-dire exposé, sans marge pour l’inattention, mais pas techniquement difficile.

J’ai mangé des Käsespätzle les deux soirs — le plat bavarois de pâtes aux oeufs avec du fromage fondu, surmonté d’oignons frits, servi dans une poêle en fonte qui faisait encore de petits bruits. Mittenwald n’a pas beaucoup de restaurants, et les deux qui valent le détour sont le genre d’endroits où le menu est écrit sur une ardoise et change selon ce qui est arrivé ce matin. La cuisine bavaroise dans cette partie des Alpes, plus proche de la frontière autrichienne, prend des inflexions différentes — un peu plus de crème, un peu moins de saucisses, une approche plus douce des épices. Ça convient au caractère de la ville : précis, habile, peu enclin à l’exagération.
Quand y aller : De juin à septembre pour la randonnée sur les sentiers du Karwendel. Fin novembre et décembre pour le marché de l’Avent, qui est authentique et petit et éclairé aux bougies plutôt qu’aux LED. Le Geigenbaumuseum est ouvert toute l’année, et les ateliers fonctionnent quelle que soit la saison — le meilleur moment pour regarder les luthiers travailler est de janvier à mars, quand ils ont la ville presque pour eux seuls.