Europe
Pays Basque
"Je suis venu pour les pintxos et je suis resté parce que je n'arrivais pas à m'expliquer l'endroit."
Je suis arrivé à San Sebastián un mardi matin d’octobre, descendant d’un train en provenance de Bordeaux sous une bruine grise qui m’a semblé, bizarrement, tout à fait juste. Le Pays Basque ne cherche pas à vous séduire avec le soleil. Il vous gagne par l’atmosphère — l’odeur de l’estuaire à marée basse, le claquement des palets dans une cidrerie, la façon dont le barman vous pose un verre de txakoli sans qu’on le demande, en versant de haut pour que la mousse accroche la lumière.
Ce que je n’avais pas anticipé, c’est à quel point la nourriture est une affaire sérieuse. Pas sérieuse dans le sens d’une table étoilée au silence feutré — bien que ça existe ici aussi. Sérieuse dans le sens où un bar de la vieille ville de Donostia traite une anchois sur toast comme quelque chose qui mérite votre attention totale. J’ai passé trois jours à manger debout au comptoir dans la Parte Vieja, un verre dans une main, à choisir des pintxos de l’autre, en comprenant progressivement que c’est une culture qui a décidé, collectivement et irrévocablement, que bien manger n’est pas un luxe. C’est le point de départ.
Bilbao m’a davantage surpris. La ville a une réputation qui la précède — le Guggenheim, l’histoire de la régénération urbaine, les photos avant-après. J’attendais une ville-art satisfaite d’elle-même. Ce que j’ai trouvé, c’est une ville portuaire industrielle qui se trouve avoir un musée en titane dans son tissu, où les gens débattent encore de l’Athletic dans les bars du coin et où le Casco Viejo sent le poisson frit et la vieille pierre. Le Guggenheim est vraiment extraordinaire, mais la ville est intéressante malgré sa célébrité, pas grâce à elle.
Vers l’intérieur, en direction de Gernika et des villages de vallée, le Pays Basque devient quelque chose de plus silencieux et de plus difficile à cataloguer. Des fermes aux linteaux sculptés, des moutons sur des pentes assez raides pour vous rendre nerveux, et une langue — le basque — qui ne partage aucune racine avec aucune autre langue du monde. Ce dernier fait vous frappe différemment quand vous vous retrouvez devant un panneau routier qui semble entièrement inventé.
Quand y aller : Septembre et octobre sont la période idéale — les foules estivales ont diminué, la mer se laisse encore baigner si vous êtes français ou stoïque, et la lumière sur la côte teinte tout en doré. Le printemps (avril-mai) est vert et calme. Évitez août si vous voulez avoir de l’espace dans la vieille ville de San Sebastián.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent San Sebastián et Bilbao comme un itinéraire à deux villes et s’arrêtent là. L’identité du Pays Basque n’est pourtant pas dans ses grandes villes — elle est dans l’espace entre elles. Les cidreries à la sortie de Donostia où l’on se sert soi-même au tonneau. Le village côtier de Getaria d’où vient le txakoli. La route de montagne vers Arantzazu qui se termine par une basilique moderniste au milieu de nulle part. Les villes sont l’entrée. Donnez-vous le temps de faire le reste.