Salar de Atacama
"Le Salar ne se préoccupe pas de votre sens de l'échelle. Il va le briser, sans s'en excuser."
J’ai marché sur le Salar de Atacama et j’ai immédiatement perdu la capacité de juger les distances. Il n’y a rien pour trianguler — pas d’arbres, pas de repères, pas de variation de hauteur, juste la plaine blanche s’étendant dans toutes les directions jusqu’à ce qu’elle rencontre la base des Andes selon une ligne nette, presque architecturale. Les montagnes semblent plus proches qu’elles ne le sont. Tout semble plus proche qu’il ne l’est, puis plus loin, et l’esprit ne cesse de recalculer. Je me suis arrêté un bon moment à essayer de décider où était l’horizon.
La surface n’est pas lisse, ce qui surprend ceux qui ont vu des photographies. Le sel s’est organisé en une mosaïque de polygones hexagonaux, séparés par des crêtes surélevées, chaque polygone légèrement en creux au centre. Quand on marche dessus, ils résonnent creux sous les pieds — il y a des canaux de saumure et des cavités en dessous. Par endroits, près du bord du salar, le sel s’est accumulé en tours blanches rugueuses, certaines jusqu’aux genoux, incrustées de cristaux qui captent la lumière selon des angles étranges. Tout le salar sent légèrement quelque chose de minéral et de propre, l’odeur de la sécheresse extrême, de l’eau qui a quitté un endroit depuis longtemps et y a laissé sa signature minérale.

Ce que les photographies ne vous disent pas, c’est que le Salar de Atacama repose sur l’une des plus grandes réserves de lithium du monde, et que l’extraction industrielle qui se passe à ses marges est devenue une ligne de fracture dans la politique chilienne. Les lacs qui alimentent la saumure du Salar — Laguna Miscanti, Laguna Miñiques, une douzaine de petites mares — sont connectés au salar via des canaux souterrains, et le pompage de la saumure pour l’extraction de lithium a commencé à affecter les niveaux d’eau. On peut voir les installations de traitement depuis certains points de vue : des étangs chimiques blancs au loin, brillant parmi le blanc naturel du sel. C’est dérangeant d’une manière particulière, voir une industrie qui ressemble presque au paysage qu’elle consomme.
Mais cette complexité est aussi ce qui rend le Salar honnête comme destination. Ce n’est pas seulement beau, c’est disputé. Il se situe à l’intersection de la géologie et de l’économie, des droits sur l’eau des peuples indigènes et des chaînes d’approvisionnement mondiales en batteries. Debout sur cette plaine blanche, on se tient sur l’avenir des voitures électriques et des énergies renouvelables, qu’on le réalise ou non. L’homme qui m’y a conduit m’a raconté que son grand-père avait traversé ce salar à pied dans les années 1950. La communauté de son grand-père rencontre maintenant des avocats miniers deux fois par an.

Au bord nord du Salar, près des chenaux d’écoulement, on peut trouver des sections d’eau plate le matin qui reflètent le ciel parfaitement. Pas aussi profond ni dramatique que l’Uyuni bolivien, mais intime et beau à sa propre manière — les montagnes dédoublées sous l’horizon, des flamants marchant dans leurs propres reflets, toute la scène composée avec une immobilité qui semble provisoire, comme si elle pouvait se dissoudre à n’importe quel moment.
Quand y aller : N’importe quel mois de saison sèche fonctionne bien — de mars à mai et de septembre à novembre sont idéaux. En été, les pluies peuvent transformer les zones de bord en boue. Le milieu de journée est rude sous un ciel ouvert ; le matin et la fin d’après-midi sont les meilleurs moments pour les effets miroir et la lumière rasante.