Le pont médiéval en dos d'âne de Cangas de Onís enjambant la rivière Sella turquoise avec des montagnes boisées en arrière-plan
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Cangas de Onís

"L'eau sous ce pont est si verte qu'on dirait qu'elle est éclairée artificiellement depuis le dessous."

Le pont médiéval de Cangas de Onís n’est pas une introduction en douceur. On tourne un virage sur la route depuis Oviedo, la rivière Sella apparaît en contrebas, et l’arche bombée en pierre — vieille de cinq siècles, ornée d’une réplique de la Cruz de la Victoria — se courbe au-dessus d’une eau si étonnamment turquoise-verte qu’on croirait que quelqu’un l’éclaire par en dessous. Je me suis arrêté au milieu du pont lors de ma première traversée, en partie parce que la vue l’exigeait et en partie parce qu’un groupe de kayakistes descendaient le petit rapide sous moi et que la combinaison de la pierre ancienne, de l’eau verte et des embarcations colorées semblait nécessiter un moment d’attention complète.

Cangas de Onís fut la première capitale du Royaume des Asturies au VIIIe siècle, ce qui lui confère une ancienne revendication d’importance historique qu’elle porte avec légèreté. La ville est petite, les rues sont simples, et sa fonction principale actuelle est de servir de point de départ pour les Picos de Europa. Mais elle mérite son propre après-midi. Le marché du lundi remplit la place principale et les rues adjacentes de vendeurs proposant des produits locaux — fromages Cabrales et Gamonéu, miel de ruches de montagne, les rudes produits en lin que les villages de montagne fabriquent encore, des haricots secs de variétés introuvables dans n’importe quel supermarché. J’ai acheté un pot de miel de châtaignier et en ai mangé un tiers debout devant l’étal.

Le marché du lundi à Cangas de Onís avec des vendeurs de fromage local et de miel de montagne sous des auvents en toile

La rivière ici est la Sella, qui prend sa source dans les hauts Picos et coule vers l’ouest jusqu’à la côte, et en été le tronçon autour de Cangas de Onís se remplit de kayaks gonflables pilotés par des gens qui n’ont manifestement jamais été dans un kayak gonflable auparavant. Ce n’est pas une critique — la rivière est suffisamment calme à ce niveau pour que le manque d’expérience ne compte que pour votre sens de la dignité, et l’eau turquoise et la forêt sur les deux rives font que même le trajet en kayak le plus chaotique et autopropulsé donne l’impression d’être tiré d’un meilleur film que celui dans lequel on se trouve habituellement.

La Capilla de Santa Cruz se trouve à la lisière du village, une chapelle préromane du VIIIe siècle construite autour d’un dolmen encore plus ancien — une chambre funéraire mégalithique que les premiers chrétiens asturiens ont incorporée à leur nouvelle construction plutôt que de la détruire. Je trouve ce type d’histoire stratifiée profondément satisfaisant : l’idée que des gens en l’an 700 ont regardé quelque chose vieux de deux mille ans et ont pensé non pas “dégageons ça” mais “construisons autour”. La chapelle est petite et sombre à l’intérieur et sent la pierre froide et la cire de bougie, et le dolmen est visible à travers un panneau en verre dans le sol.

La chapelle préromane Santa Cruz avec son ancien dolmen visible à travers le plancher

Les restaurants le long de la rue principale servent le répertoire asturien complet sans aucune variation particulière : fabada, cachopo (une vaste escalope de veau panée farcie au fromage et au jambon, approximativement de la taille d’un petit ordinateur portable), cidre, et en dessert un riz au lait cuit à feu doux et servi dans des bols en argile qui est, inexplicablement, l’une des meilleures versions de riz au lait que j’aie mangées n’importe où.

Quand y aller : Mai et juin pour la rivière la plus claire et les sentiers vers les Picos sans foule. Le marché du lundi fonctionne toute l’année, ce qui fait de n’importe quel lundi un bon jour d’arrivée. Juillet et août sont fréquentés mais fonctionnels. Le pont au crépuscule en octobre, quand les hêtraies au-dessus du village ont viré à l’or et que la lumière arrive latéralement à travers la vallée, vaut la peine de planifier un voyage en conséquence.