Lac Sévan
"Le lac, c'est le bleu que le ciel s'entraîne à faire avant de s'y essayer lui-même."
L'un des plus grands lacs d'altitude au monde, d'un bleu de joyau à 1 900 mètres, avec un ancien monastère sur sa rive.
Nous avons quitté Erevan par l’autoroute M4 avec les vitres baissées, montant régulièrement jusqu’à ce que la ville se dissolve dans des collines volcaniques arides et que — sans aucune cérémonie particulière — Sévan apparaisse en contrebas. Pas une révélation progressive mais une révélation soudaine : un virage dans la route et soudain deux mille kilomètres carrés d’eau couleur de fonte glaciaire, d’une saturation impossible, posés à 1 900 mètres d’altitude comme quelque chose d’égaré venu d’une autre dimension.
Lia n’a rien dit pendant un moment. Puis : « Cette couleur n’existe pas pour de vrai. »
Elle avait raison. Elle n’existe pas.
Sevanavank et le sentiment d’une patience millénaire
Le monastère est assis sur ce qui était autrefois une île. Les projets d’irrigation soviétiques ont abaissé le lac juste assez pour relier l’île à la rive, transformant la péninsule en quelque chose qu’on peut rejoindre à pied — ce qui donne l’impression de tricher, d’arriver dans les coulisses par une porte dérobée. L’église du IXe siècle de Surb Arakelots est petite et sombre à l’intérieur, les murs de pierre exhalant un froid qui n’a rien à voir avec la température extérieure. Les khatchkars — les croix de pierre arméniennes — s’appuient contre la façade extérieure dans divers états de grâce altérée. Je me suis tenu au bord du promontoire, regardant vers le nord à travers l’étendue d’eau, et j’ai ressenti, d’une façon que je ressens rarement devant les monuments, que j’étais vraiment quelque part d’ancien.
L’odeur, là-haut, est celle des roseaux et de l’altitude : une pureté si absolue qu’elle ne sent rien du tout, seulement l’absence.
Poisson, sel et le marché au bord du lac
En bas du monastère, le long de la route principale qui longe le lac, des vendeurs proposent l’ishkhan — la truite du Sévan — depuis des étals en bois qui paraissent à la fois improvisés et permanents. Nous l’avons mangée grillée, assis à une table en plastique avec vue directe sur l’eau, avec du lavash arraché d’une feuille encore chaude du tonir et un bol de matsun sur le côté. Le poisson était ferme et d’un goût net, froid comme le lac même à la sortie du gril.
Ce qui m’a surpris, c’est le vent. Je ne l’attendais pas — une poussée latérale et persistante qui venait de l’eau sans prévenir et a envoyé nos serviettes dans le lac. Les vendeurs n’ont pas bronché. Ils lestent tout avec des pierres de rivière ramassées sur la berge, un détail si pratique et si juste que je me suis senti brièvement honteux de ne pas l’avoir anticipé moi-même.
Une lumière qui change d’avis
Dans l’après-midi, le lac prend plusieurs nuances de bleu successives — céruléen, puis ardoise, puis un vert qui frôle l’impossible — selon les nuages et votre angle par rapport au soleil. Nous sommes restés jusqu’en début de soirée et j’ai photographié le même point de vue quatre fois, chaque fois convaincu d’avoir enfin capturé la couleur avec exactitude. Je n’y suis pas arrivé. Il y a des choses qui résistent à être enregistrées.
Quand y aller : De juin à septembre offre le meilleur temps et des eaux calmes, avec juillet et août comme mois les plus chauds malgré l’altitude. Mai peut être froid et venteux ; septembre est plus tranquille et reste magnifique, avec moins de vendeurs et une qualité de lumière plus nette.