Amériques
Amazonie Colombienne
"L'Amazonie ne vous ménage pas. Elle vous absorbe dès l'instant où l'avion atterrit."
L’avion depuis Bogotá descend à travers les nuages et soudain il n’y a plus que du vert — une canopée sans fin qui s’étend jusqu’à chaque horizon, ouverte par le ruban brun de l’Amazone. Leticia est la ville où l’on atterrit, un port coincé entre la Colombie, le Pérou et le Brésil, où les frontières se dissolvent dans le fleuve et où la notion de pays perd momentanément tout son sens. Le temps d’être sur l’eau, trente minutes après l’arrivée, la ville laissée derrière soi ressemble déjà à une rumeur.
J’étais venu ici en attendant quelque chose de spectaculaire — des anacondas sur le chemin, des caïmans à chaque virage. Ce que l’Amazonie colombienne offre réellement est plus déroutant que cela. Elle offre le silence. Le fleuve absorbe les sons. L’aube sur l’eau, c’est des dauphins roses qui surgissent à deux mètres de la proue d’une pirogue en bois, un héron bleu qui s’envole au ralenti, un pêcheur debout dans sa barque avec une certitude absolue sur l’eau sombre. Dans le village de Puerto Nariño — accessible uniquement par bateau, sans voitures ni motos — les enfants vont à l’école en empruntant des passerelles en bois surélevées à travers la jungle. C’est l’endroit le plus fonctionnel et le plus serein que j’aie visité en Amérique du Sud. La communauté gère ses propres réserves, surveille les populations animales et a pris une décision consciente sur le type de lieu qu’elle souhaite être.
La nourriture ici est une éducation à part entière. Au marché de Leticia, le poisson tucunaré arrive grillé sur feuille de bananier. La fariña — farine de manioc grillée — accompagne absolument tout. Des fruits sans nom me tendaient des vendeurs qui semblaient amusés que j’aie besoin de demander. Le masato, une boisson fermentée au manioc, est apparu sans prévenir lors d’un déjeuner en famille dans une communauté riveraine. Je l’ai bu. C’était acide et légèrement vivant, et ça avait le goût d’un breuvage préparé de la même façon depuis mille ans, parce que c’est exactement le cas.
Quand y aller : De juin à novembre, c’est la saison des hautes eaux — le fleuve monte jusqu’à douze mètres, inondant la forêt et créant des écosystèmes de forêt inondée dans lesquels on peut naviguer en pirogue directement entre les arbres. De décembre à mai, les eaux baissent et l’observation de la faune est plus aisée le long des berges exposées. Les deux saisons ont leur logique. J’y suis allé en août, en hautes eaux, et je ne changerais rien.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent l’Amazonie colombienne comme une destination exigeante nécessitant un opérateur spécialisé et des semaines de préparation. On peut pourtant s’envoler depuis Bogotá en deux heures, séjourner dans un lodge simple en dehors de Leticia, engager un guide local pour trente dollars par jour et être sur le fleuve le soir même. Puerto Nariño est à trois heures de bateau rapide depuis Leticia et constitue genuinement l’une des plus remarquables petites communautés d’Amérique du Sud. L’Amazonie n’est pas inaccessible. Elle demande simplement qu’on fasse le voyage.