Des bâtiments de terre ocre rouge aux créneaux pointus de style soudanais rougeoyant sous un soleil bas au-dessus d'une dense palmeraie verte, le Sahara s'étirant jusqu'à l'horizon à Timimoun, Algérie.
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Timimoun

"Le désert, ici, n'est pas vide. Il est façonné, pouce par pouce, à la main."

Je voulais voir Timimoun depuis que j’avais lu que toute la ville a la couleur du sang séché. Exagération d’écrivain, bien sûr, mais de peu. En arrivant par le reg de gravier plat du Gourara, la première chose qui se détache de la brume de chaleur est une ligne d’horizon basse de terre ocre rouge, les bâtiments achevés dans le style soudanais : créneaux pointus, murs aveugles, motifs géométriques imprimés dans l’enduit de boue. Sous le soleil tardif, tout le lieu prend une profonde lueur orange brûlé qui rend le vert des palmeraies, en contrebas, presque violent par contraste.

Une Ville de la Couleur de la Terre

Le vieil hôtel en bordure de ville, grande bâtisse d’époque coloniale elle aussi en ocre rouge, donne sur la sebkha : un vaste lac salé asséché qui miroite de blanc et de rose et qui, les rares années où il se remplit, devient le miroir du ciel entier. Nous nous sommes assis sur sa terrasse au crépuscule avec du thé à la menthe tandis que l’appel du muezzin roulait sur les toits et que la sebkha passait du blanc au rose puis au gris. Lia, que les paysages n’émeuvent pas facilement, s’est tue, ce qui, de sa part, est le plus grand des éloges.

En arpentant le vieux quartier, le ksar, on comprend vite que c’est un lieu bâti contre la chaleur plutôt que pour la vue. Les ruelles sont délibérément étroites et couvertes par endroits, jetant une ombre profonde et canalisant le peu de brise qu’il y a. Des enfants jouaient aux cailloux dans un passage couvert ; un vieil homme réparant une porte m’a laissé regarder puis m’a fait signe de poursuivre. L’architecture n’est pas pour les touristes, car il n’y en a presque pas. Elle est pour survivre, et elle fonctionne depuis des siècles.

Ruelle étroite et ombragée entre de hauts murs de terre ocre rouge dans le vieux ksar de Timimoun, avec des motifs géométriques imprimés dans la boue et une ombre profonde au sol.

Les Foggaras et les Palmeraies

Ce qui m’a véritablement stupéfié se trouvait sous terre. Le Gourara survit grâce aux foggaras : un réseau de tunnels creusés à la main, certains vieux de plusieurs siècles, qui captent la nappe phréatique au pied des dunes et la conduisent par une douce pente gravitaire jusqu’aux oasis, à des kilomètres de là. On voit les lignes de leurs puits d’accès cheminer à travers le désert comme d’énormes taupinières. Un homme du cru nous a menés à un peigne de répartition, un déversoir de pierre où le précieux filet d’eau est partagé entre les jardins avec une équité si exacte qu’elle est imposée par la coutume et, parfois, par la querelle. Debout là, à voir mesurer l’eau goutte à goutte, j’ai éprouvé une vague honte pour chaque robinet que j’ai laissé couler dans ma vie.

Puits d'accès verticaux d'un antique tunnel d'irrigation foggara cheminant en ligne à travers le gravier pâle du Sahara près de Timimoun, telle une rangée de bas monticules de terre.

En bas, dans la palmeraie même, la température chute de ce qui semble dix degrés. Sous les dattiers poussent grenadiers, figuiers et petits carrés de légumes, le tout dans la fraîche pénombre verte. Nous avons acheté un cornet de papier de dattes fraîches à un homme qui a tenu à nous faire goûter trois variétés avant de choisir, et elles étaient si bonnes que la version de supermarché, à la maison, m’est désormais gâchée à jamais.

Quand y aller : d’octobre à mars. L’été au Sahara est une chaleur réellement dangereuse. Les mois frais apportent des journées nettes, des nuits froides de désert, et vers le nouvel an la Sbeiba et les fêtes locales emplissent les ksour de tambours et de chants.