Europe
Algarve
"Je me suis arrêté au bord de la falaise à Ponta da Piedade et j'ai oublié toutes les plages que j'avais vues avant."
Je suis arrivé à Lagos depuis Séville avec les vitres baissées et aucun plan précis, et vingt minutes plus tard j’étais pieds nus sur la Praia Dona Ana à me demander comment cet endroit n’avait pas encore complètement explosé sur internet. Les falaises ici ne sont pas les murs gris dramatiques de l’Irlande ni la craie blanche de Normandie — elles sont ocre chaud et terracotta, striées comme un gâteau feuilleté, criblées d’arches et de grottes que l’Atlantique sculpte patiemment depuis des millénaires. On loue un kayak, on se glisse par une ouverture étroite dans la roche, et soudain on se retrouve à l’intérieur d’une cathédrale de la taille d’un parking, la lumière filtrant par un trou dans le plafond, l’eau couleur de piscine de rêve.
L’Algarve occidental, autour de Lagos et Sagres, c’est ce qui me revient sans cesse en tête. La plupart des gens s’installent à Albufeira ou Vilamoura — ce qui est très bien si un resort de golf et un pub britannique sont ce qu’on cherche — mais le vrai caractère de la côte se révèle à mesure qu’on va vers l’ouest. Sagres est perché sur un promontoire à l’extrémité sud-ouest de l’Europe, et le vent qu’il y a là-bas n’est pas un vent romantique, c’est un vent biblique, le genre de vent qui justifie la terreur des anciens marins face au bord du monde connu. Le fort de Cabo de São Vicente ferme à dix-huit heures, mais si on y est à dix-sept heures trente avec la lumière horizontale et orange, on comprend pourquoi les Portugais croyaient autrefois que leur pays était là où la civilisation finissait et où l’océan commençait. J’ai mangé une dorade grillée à une table en plastique dans le village de Sagres pour neuf euros et c’était meilleur que la moitié des poissons pour lesquels j’ai payé quarante euros à Mexico.
Les villages méritent aussi une flânerie tranquille. Lagos possède un vrai centre historique — pavés, murs blanchis à la chaux, balcons en fer forgé — qui est authentiquement ancien plutôt que reconstitué pour les touristes. Le matin, avant que les foules de la plage n’arrivent, le Mercado Municipal au bord de l’eau vend des figues, du fromage local et de la charcuterie fumée que les vendeurs découpent pour vous faire goûter. J’ai acheté un morceau de fromage de l’Alentejo et j’en ai mangé la moitié appuyé contre une fontaine. Personne ne m’a dérangé. C’est l’autre chose avec l’Algarve : même en été, si on s’éloigne d’un kilomètre de la rue principale, on peut trouver le silence.
Quand y aller : De mai à la mi-juin, ou en septembre et octobre. Juillet et août sont bondés et chers, les plages saturées dès dix heures du matin. Fin septembre est le moment idéal — la température de l’eau est à son maximum, les foules se retirent, la lumière devient ambrée, et on peut avoir une table en terrasse face aux falaises pour dîner sans réservation.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils vous envoient à Albufeira et appellent ça l’Algarve. La vraie côte est à l’ouest — Lagos, Luz, Sagres, la sauvage Costa Vicentina où aucune construction n’est autorisée et où l’Atlantique arrive brut. Ne réservez pas un resort. Louez une petite voiture, trouvez une guesthouse dans le centre historique de Lagos, et passez une semaine à longer la route côtière vers l’ouest. L’Algarve que visitent la plupart des gens n’est qu’une note de bas de page.